Test – Wolfenstein II : The New Colossus

Depuis que Bethesda s’est décidé à redémarrer la licence Wolfenstein avec The New Order il y a quelques années, il n’est plus question de magie noire, de cercle de Thulé ou du Soleil Noir. Même si l’extension standalone The Old Blood proposait un retour esotérique, c’est désormais un IIIè Reich porté sur la technologie et la domination mondiale qui constitue l’essence de la licence. Mais il manquait l’aspect révolutionnaire et coup-de-poing au précédent jeu. Et, probablement par l’alignement des astres politiques modernes, ce second épisode apporte la patate qu’on attendait d’id Software. Et même bien plus.

Bons aryens, sauf pour agoniser

Commençant quelques instants après la fin de Wolfenstein The New Order (un petit résumé succint est fait en début de jeu), William B.J Blazckowicz est très mal en point. Au seuil de la mort, celui qui se fait nommer « Blazcko le barjo » n’est plus que l’ombre de lui-même, paraplégique et mourant. Mais pas le temps de repenser à son enfance difficile que notre héros est réveillé par l’attaque de Frau Engel, la commandante des forces allemandes qui est bien décidée à couper la tête de la résistance.

Maintenu en vie par une armure de la Da’at Yichud (société secrète juive aux technologies avancées), futur père de deux enfants, Blazckowicz compte ses jours alors que le dernier espoir réside dans l’Amérique. Des Etats occupés, mais composés de quelques cellules résistantes qui peuvent faire la différence.

Et une chose marque d’entrée de jeu quand on a fait The New Order : Le jeu gagne en nervosité. Le personnage est beaucoup plus réactif, le feedback des armes est très satisfaisant, et l’on parcourt les niveaux (presque) à la manière d’un Doom, fusils au poing et mire sur les têtes de Nazis.

Toutefois, je vais évoquer d’entrée que le jeu va se « diviser » en deux grandes parties, et que la seconde partie du jeu va clairement changer la donne et donner cet élan de nervosité et de surpuissance de notre héros. Tout cela est expliqué dans le scénario et je ne détaillerai pas pour laisser le plaisir de la découverte. Car durant la première moitié du jeu, la santé de Blazckowicz se ressent sur nos points de vie, plafonnés à 50 en santé et 200 en Armure. Autant dire que celle-ci peut diminuer très vite, ce qui est un peu frustrant quand on veut foncer avec deux fusils à pompe et enchaîner les frags.

Avec des armes améliorables grâce à des kits d’équipement cachés dans les niveaux, le retour des armes un peu folles comme un rayon perçant les métaux ou même un mini-BFG de Doom façon Bosches, et tout autant de coups au corps à corps satisfaisants, Wolfenstein II est un sacré défouloir. Tuer des nazis dans une zone irradiée, dans l’espace, ou encore dans un tribunal : Rien n’est impossible, surtout quand le scénario devient complètement décomplexé.

Outre les missions qui vous feront rencontrer de nouvelles têtes pour la résistance, l’aspect narratif n’est pas en reste. Plutôt effacés dans le précédent volet, les personnages secondaires sont vraiment plus mis en avant, quand le précédent volet mettait surtout Totenkopf et Blazcko en lumière. On a l’impression de faire partie d’une famille soudée, ces amis de galère qui ont pour hobbies de faire chier les nazis comme pas permis tout en conservant un noyau de civilisation tolérant et progressiste au sein de leur communauté. Et bon sang, tellement de moments sont à se fendre la gueule de rire, entre deux massacres de nazis. D’ailleurs, et c’est peut être un peu tard pour le dire, ce jeu n’est pas pour vous si vous êtes sensibles au sang et aux tripes qui volent. Madame en a même eu la nausée.

Visuellement, le moteur visuel fait encore des miracles, et le jeu est sublime. Toujours surprenant de voir cette uchronie prendre vie, et l’aspect technologique des nazis, moins portées sur l’électricité mais plus sur le pétrole et la métallurgie. Toute cette folie visuelle pose l’ambiance à chaque seconde, et je m’attendais pas à voir des haunebus dans ce jeu.

Musicalement, c’est Mick Gordon qui s’occupe de la bande son, et les morceaux en pleine fusillade ont des relents de Doom très appréciables, avec des sonorités indus, des riffs énervés qui donnent encore plus envie de partir à l’action. C’est un gros oui sur ce point là.

Au niveau de la durée de vie, il m’a fallu un peu plus de 15 heures pour finir ce jeu. C’est sans compter les missions secondaires qui s’obtiennent en décryptant les codes Enigma des officiers nazis qu’on récupère en mission, octroyant la possibilité de retourner sur des lieux tuer des hauts dignitaires du Reich. Il y a également des objets à collectionner cachés en mission, tout comme les kits d’amélioration d’arme.

Au niveaux des DLC, le jeu propose les « Freedom Chronicles », accessibles depuis le menu du jeu et mettant en scène d’autres héros résistants qui vont eux aussi tenter de bouter les Nazis hors de l’Amérique. On a Gunslinger Joe le quaterback qui officie à Chicago, l’agent Silent Death qui va enquêter sur l’opération San Andreas, et les aventures du Capitaine Wilkins qui va démanteler le Soleil Noir en Alaska. Je n’ai testé aucun de ces DLC mais les retours sont mitigés. En tout cas, le jeu ne propose pas de multijoueur.

Make AmeriKKKa the World Great Again

En mettant de côté mon plaisir coupable pour les nazis de Série Z , parfois adeptes de l’occultisme ou comme antagonistes complètement grotesques, Wolfenstein II fut un sacré d’exutoire. Je parlais en préambule de cet alignement de circonstances réelles qui font que cette nouvelle épopée révolutionnaire est jouissive, quitte à faire crisser des dents ceux n’appréciant pas la satire et venant ironiquement renforcer celle-ci.

Wolfenstein II est brillant non seulement par son gameplay plus tonique et frénétique que le précédent jeu (malgré une première moitié qui fait office de rôdage), mais également par ses personnages bien écrits, son scénario qui donne équitablement dans le tragique, dans le comique, dans l’émouvant, en ayant pour finalité de casser la gueule d’un ordre établi qui ne doit sa victoire qu’au pillage et à la propagande. Car parfois, dans un milieu fermé qui fait croire que tout va bien, il suffit de quelques personnes avec du recul qui osent donner un bon coup dans la fourmilière pour que les choses changent et s’améliorent. Et Wolfenstein II, c’est cette bonne claque qui manque à la société.

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