Comics – Cinema Purgatorio

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Pour bien apprécier la pop-culture, et ce quelque soit le média consulté (Comics, Jeu Vidéo, Cinéma…), il est parfois intéressant de décloisonner ces derniers et de chercher entre eux les différentes influences qui composent sa création. Cela passe notamment par les oeuvres populaires, dites “mainstream”, et celles un peu plus obscures, dites “de genre” ou “de niche”. Car même dans certaines oeuvres un peu moins connues, on peut y trouver des choses étranges, fascinantes, inventives qui peuvent se révéler fort sympathiques.

Cinema Purgatorio est un exemple de cette transversalité de médias. Ne serait-ce déjà que par son parti pris, aussi bien visuel que narratif. Il ne s’agit pas d’une histoire, mais de plusieurs histoires réunies au sein d’un même ouvrage avec une règle simple : c aque épisode d’une histoire doit se limiter à 8 pages. C’est donc des histoires courtes et assez étranges qui sont présentées au lecteur.

Le tout est illustré dans un plus pur style noir et blanc, comme si l’on regardait un midnight movie dans les années 60. C’est bien plus qu’un comics signé de l’auteur de Watchmen et V pour Vendetta : c’est  comme si l’on était devant une salle de cinéma de papier, avec différents films à notre portée. Alors prenez un ticket, asseyez-vous sur votre fauteuil, et éteignez votre portable : la  représentation va commencer.

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Si l’on ne présente plus Alan Moore, il est plus intéressant de se tourner vers la genèse du projet qui réunit avec lui bon nombre d’auteurs et de dessinateurs dans cette oeuvre plurale.

Ces cinq d’oeuvres se déroulant à des époques différentes et avec un cachet visuel propre pour une idée récurrente : s’ inspirer des recueils de bande-dessinées de monstres parues  dans les années 60 comme Tales of Suspense et Tales of Astonish, qui ont été peu à peu  par les premières vraies apparitions des super-héros comme Captain America ou Iron Man. C’est d’ailleurs une idée partagée entre chaque histoire :  monstres, montrés sous différentes formes, très souvent grotesques, qui renforcent encore plus l’aspect “film d’exploitation” des différentes histoires.

L’histoire s’ouvre sur Cinema Purgatorio d’Alan Moore et Kevin O’Neill, et constitue une introduction parfaite à ce qui suit . Dans un cinéma onirique où le narrateur raconte ses expériences filmiques, entre nanars fauchés et l’aspect “crasseux mais authentique” du cinéma qu’il fréquente, l’oeuvre nous introduit à des mini-histoires tellement datées et absurdes que cela crée une ouverture parfaite pour les quatre autres histoires. C’est comme si le spectateur et le lecteur ont toujours constitué une seule et même personne…

 

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Code Pru est la seconde histoire présentée :  déroulant dans un New-York moderne, nous suivons l’histoire d’une section d’ambulanciers et de policiers new-yorkais spécialisés dans une tâche précise : occuper des monstres vivant tels des citoyens américains. La section aura par exemple affaire à un vampire suicidaire, ou une créature de Frankenstein assez énervée.

Modded constitue la séance suivante dans une sorte de monde post-apocalyptique où les humains capturent et modifient des créatures difformes nommées daemons ; ces derniers sont utilisés tels des pokémon pour se battre contre d’autres ou se défendre, dans un environnement à la croisée de Shin Megami Tensei et Tank Girl.

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A More Perfect Union quitte le post-apocalyptique pour la guerre de sécession, qui a pris une tournure différente. Les deux camps sont désormais alliés pour le bien de l’Amérique et de l’Humanité, face à une menace prouvant que les jeux Earth Defense Force ont fait des émules : u e invasion de fourmis géantes, bien décidées à en découdre.

Enfin, The Vast s’inspire allègrement de Godzilla et de Big Guy and Rusty the Boy Robot pour exposer la guerre désespérée de l’humanité face à nouvelle menace supérieure aux kaijûs : Les Alpha, sortes de créatures difformes pouvant modifier leur structure cellulaire et cracher de l’acide faisant muter les espèces organiques.

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Drôle d’objet que ce Cinema Purgatorio. Étrange, plural, décousu, ce recueil de films illustrés qui sont des tentatives de plusieurs auteurs et dessinateurs ont tout pour intriguer, et donner envie de lire la suite. C’est exactement ce qu’Alan Moore compte faire avec ce projet, à savoir proposer à chaque nouveau tome une suite des histoires qui la composent, ce qui respecte l’intention de base hommage aux recueils d’histoire de monstres, et à l’essence même du comics, à savoir la publication périodique.

Tous ces tomes finiront par créer cinq histoires indépendantes, dont chacune dispose de son identité propre, mais qui ne pourront pas s’apprécier en dehors et de manière séparée. Tout comme l’histoire du Cinema Purgatorio que nous narre Alan Moore au début de ce premier tome, chaque histoire est un film, pour lequel on paie son ticket pour l’apprécier. Et c’est finalement quelque chose d’assez ironique avec ce qui se passe actuellement dans le monde des comics.

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Quand l’univers cinématographique Marvel sort à des périodes régulières des adaptations live de ses personnages, on se demande parfois si le cinéma et ses suites à répétition ne rentrent pas dans la logique des comics. Alan Moore apporte la solution en faisant d’une pierre cinq coups et nous livre donc, avec un format se prêtant à la publication rapide, des tomes comprenant à chaque fois un nouveau bout de film en papier. Reste à savoir si ce pied-de-nez est volontaire ou pas, mais le programme d’abonnement de ce premier tome est plutôt alléchant.

A priori absurde et prenant le parti d’histoires qui renvoient à des genres particuliers du cinéma, Alan Moore fait avec Cinema Purgatorio un parallèle intéressant entre les deux médias et propose ici un catalogue de films illustrés avec des collaborations intéressantes. Il ne vous reste donc qu’à réserver votre place pour les cinq séances de chaque tome…

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