Edito – YouTube, ça vaut encore le coup ?

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YouTube, c’est quand même un concept simple et très efficace. Du partage de vidéos, à regarder sans modération sur un site internet. Il y en a pour tous les goûts et toutes les sensibilités. Et dans mon cas, j’ai trouvé des contenus très intéressants sur le site, notamment sur le jeu vidéo. Tout mentionner serait impossible, mais depuis mes premiers pas sur Internet, j’ai considéré ce site comme un pilier d’Internet. Dur d’affirmer le contraire aujourd’hui tellement le site effectue de trafic et engrange des revenus publicitaires.

Cela fait depuis 2008 environ que je ne regarde plus la télé. Alors que je venais de recevoir une Xbox 360 avec Halo 3, je me désintéressais du petit écran. Quand Internet nous permettait de regarder des films quand on le désirait, que les veilles d’informations pouvaient facilement se voir remplacées par de la presse tapée, et que les émissions de divertissement tournaient facilement au cercle de branlette privée et d’autopromotion on-ne-pouvait-plus explicite. Et tous les concepts d’émission s’exportaient, se copiaient. Que ce soit les télé-crochets, l’infortainment, les émissions de divertissement sur la cuisine ou je-ne-sais-quel-concept où pour de l’argent on pousse en différé des individus à la compétition, je n’étais plus intéressé. Je trouvais plus ce média utile, à s’enfoncer dans ses propres lieux communs sans s’actualiser. Ils ont essayé, en essayant de s’adapter à l’évolution des médias (réseaux sociaux, etc…), tout en maintenant une certaine rivalité / défiance / mépris avec ces nouvelles plateformes de création de médias sur Internet. (NDLR : Je recommande d’ailleurs l’écoute du podcast TVNR sur Radiokawa dédié aux médias)

J’ai passé ce temps globalement sur mon ordi a écouter, regarder, jouer, et toutes ces choses. Tous ces vidéastes qui m’ont occupé des heures, tous ces talents qui ont émergé pour le meilleur comme pour le pire. C’est d’un de ceux là que je vais parler aujourd’hui, un homme qui est pour moi l’un des piliers des vidéastes français : Le Joueur du Grenier.

Si la paternité de la review de jeux vidéos ratés revient évidemment à James Rolfe (Angry Video Game Nerd aux US) et Chief Arino (Game Center CX au Japon), le JdG est le précurseur francophone de ces reviews, celui qui a fait naître bon nombre de vocations et à donné très certainement l’envie à beaucoup de créer des vidéos du même genre.

Et de ce fait, qu’on aime ou pas, on ne peut pas chier sur tout ce travail et cette passion véhiculée dans l’ensemble de sa carrière. Avec un générique qui n’a pas changé, son propre style qui a su perdurer même quand beaucoup de vidéastes ont cherché d’autres moyens de subsister en mettant parfois de côté leur intégrité critique ou créative, il est resté.

Rester soi-même et faire ce que l’on aime « par passion » : ce leitmotiv qui semblait être un minimum à avoir sur Youtube s’est vite retrouvé dans un discours qu’on qualifie de candide, quand l’évolution des modèles publicitaires et la prolifération d’offres ont rendu la concurrence rude…et c’est sans compter les errances du public.

Et c’était sans compter sur la dernière vidéo du JdG, une Foire aux Questions de 2018 qui m’a fait poser quelques questions. Et si, au final, YouTube serait en train d’imploser en silence ?

Oh tiens, une Foire aux Questions, me disais-je. Et s’il y a une bonne chose à reconnaître sur cette chaîne, c’est l’honnêteté de Frédéric Molas. C’est une chose qui s’est imposée comme un gage de transparence à l’époque des « opé spé » (contenu sponsorisé), et cela est devenu fort appréciable auprès d’un public très exigeant qui n’hésite pas à relever quand les choses commencent à devenir viciées, ou assez gênantes.

Hormis le fait que le JdG va connaître une phase de creux pour Janvier 2018, qu’il met sur le compte d’une video demandant beaucoup de travail, on peut comprendre. Il précise plus tard qu’il possède un network (Structure gérant le juridique, la propriété intellectuelle, et parfois d’autres trucs pour aider à créer du contenu) et un personnel assez modeste, disposant donc de moins de moyens que d’autres chaînes : passe encore, la qualité n’est pas forcément liée au nombre. Mais la suite de l’explication est gênante : C’est que le mois de Janvier, « ça rapporte rien », « je vais pas bosser gratuitement. »

Et là, je me pose des questions. Quelqu’un, qui s’imposait comme une référence, qui est parti d’une vidéo montée à la con car ça le faisait marrer, finit par dire ça un jour. Quelqu’un, qui a commencé en voulant transmettre sa passion du jeu vidéo, n’a plus envie de s’y mettre par rendement. Donc, que doit-on comprendre ? Qu’il ne désire pas faire du contenu parce qu’il a envie (et aussi car le projet de grosse vidéo peut demander du temps, ce que je comprends), mais….parce que ce n’est pas rentable ?

Au final, est-ce encore l’envie de créer, la passion qui guide la chaîne, ou un envie de ne pas finir déficitaire ? Evidemment que chaque chaîne YouTube qui amasse assez de vues peut fonctionner comme une petite entreprise étant donné les petites mains qui composent une vidéo. Mais quand on sait comment le JdG à commencé, ces mots font assez mal. Quand il n’a jamais changé le générique, qu’il a continué son rythme de publication alors que les vidéastes JV aux vidéos quotidiennes étaient tendance. Ca fait mal de voir qu’une passion, une indépendance créatrice, s’est heurtée au mur froid des finances et essaie de ne pas s’écraser complètement.

Il enchaîne ensuite avec le montage. Sur une question d’un internaute qui s’interroge sur le montage qui a changé, il dit : « Oui. Le montage à changé. » Mais ce n’est pas simplement par envie personnelle, si l’on lit entre les lignes. Il cite en exemple Squeezie, un vidéaste avec un nombre d’abonnés bien plus important, aux contenu bien plus quotidien. Même s’il ignore s’il fait le montage lui-même, il lui reconnaît un rythme tonique, comparé aux première vidéos du JdG qui n’auraient plus aucun sens si elles sortaient aujourd’hui. Et il définit ce montage : plans « cut » et très courts, face cam, que l’action ne vienne pas forcément du contenu mais également de la façon dont il est montré.

Quand on prend l’exemple des vidéastes comme Norman ou Cyprien qui font dans l’humour, c’est parfois le montage qui est plus visible et reconnaissable que le fond de la vidéo elle-même ; au contraire, les vidéos du Joueur du Grenier étaient reconnaissables pour les dialogues, les jeux montrés, et pas la mise en scène du présentateur.

C’est donc ce montage « qui marche. » Donc, si ce montage n’est pas présent, un contenu ne marche pas ? Au final, pour percer sur YouTube, tout le monde doit monter sa vidéo de la même façon ? Alors que ce qui est appréciable dans la création, c’est l’innovation et non le générique ?

Cela renvoie à une autre question, celle de la fréquence du contenu. Et l’on remarque que les contenus quotidiens (dont la pratique fut martelée par les plus gros vidéastes de Youtube) rapportent bien plus, faisant primer la quantité sur la qualité. Au final, faites de la masse, et faites comme tout le monde : est-ce vraiment la marche à suivre pour exister, désormais ? Je vais d’ailleurs mettre une vidéo, que je vous conseille de regarder a 6:34 et à 8:28.

Dans cette vidéo, difficile de ne pas voir de la part de son créateur (Antoine Daniel) une certaine critique de Youtube. Ayant effectué un hiatus car il a fait un burn-out sur son émission phare, What The Cut (concept repris à un vidéaste américain, Ray William Johnson et son The =3 Show ), ce dernier met en scène un personnage reprenant ce « faites du consommable », en opposition à ce que fait Antoine Daniel, avec un long délai entre chaque vidéo. Car, dans l’idée, faire de la vidéo quotidienne n’était peut-être pas son truc. Ou qu’il ait été dégoûté de voir que cette cadence devenait la norme.

Prenons également le cas de Benzaie. Dans le court extrait que je mets ici, il met comme une blague qu’il va se retrouver sur Cyprien Gaming, une chaîne de tests de jeux (dans l’esprit de Level One du Game One avec Gérard Baste) par Cyprien. Bien sûr, la chaîne à été décriée par son analyse dans les impressions et non une critique renseignée et construite (cf. la vidéo ci-dessous), ainsi que les partenariats faisant douter de l’indépendance dont j’ai parlé plus haut.

Et désormais, Benzaie, qui faisait jusque là des Hard Corner vraiment bien faits et réalisés, produit des vidéos quasi-quotidiennes de parties sur la plate-forme de streaming Twitch (avec système de dons, etc…), auxquelles s’ajoutent les partenariats avec NVIDIA et le site jeuxvideo.com (appartenant à Webedia, groupe possédant des sites comme Allociné).

Quand la blague est devenue réelle, qu’un créateur qui privilégie la qualité se met à privilégier la quantité pour maintenir son activité, c’est qu’il y a vraiment un souci sur les modèles créatifs viables sur YouTube. On pourrait aussi parler de FantaBobGames, passés de vidéos Minecraft à des Let’s Play de divers jeux.

Revenons à notre foire aux questions, et à ce cher Joueur du Grenier. Quand il évoque vers la fin de la vidéo ce qu’il pense de YouTube, il répond que le site devient une « sous-télé ». Et qu’au final, « cette dernière à gagné. » Et cette analyse est on ne peut plus vraie. La télévision connaît son lot de lieux communs et de formules répétées à l’envie. Elle connaît, tout comme Youtube, des cycles de tendance où l’inventivité est parfois mise de côté pour l’audimat.

Et des dérapages comme PewDiePie et ses propos racistes (N-Word), Logan Paul et ses vidéos affligeantes au Japon, on en a eu à la télé : Y’a qu’a se pencher sur Hanouna qu’on a pas encore déprogrammé car il fait de l’audimat avec TPMP. Et c’est qu’un exemple parmi d’autres similarités.

YouTube n’a pas sur se différencier de la télé, elle en est devenue une extension. La télé à voulu se moderniser, mais YouTube est tombé dans les mêmes travers. On n’a pas mis en avant ce qui était innovant, mais ce qui marche. Et dans cette course à l’audimat, des logiques se construisent et s’imposent comme des lignes directrices. Et comme dit au début de l’article, je me suis passé de la télé car je trouvais rien d’intéressant et d’innovant, tout semblait générique ; si c’est pour qu’internet devienne la même chose, je vais faire comme Fuzati.

 

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