Condescendance et moralisme : Quand on prend les chômeurs pour des cons

Travail, part.1 : https://3615ptv.wordpress.com/2015/09/15/xxxi-le-travail/
Travail, part. 2 : https://3615ptv.wordpress.com/2016/12/07/reflexions-diverses-le-travail-partie-ii-desillusions-et-abnegation/
Travail, part.3 : https://3615ptv.wordpress.com/2017/06/22/guide-pratique-du-service-civique-sois-un-petit-volontaire-engage-et-tais-toi/
Travail, part.4 : https://3615ptv.wordpress.com/2017/08/14/savoir-se-vendre-ou-lincidence-dune-petite-phrase-commune/

 

Ah, le monde professionnel. 25 printemps et je n’y suis pas encore de manière stable. N’en déplaise à Gattaz et à certains politiques qui déporteraient ces gens si c’était légal, ce tire est pour ces personnes qui prennent de haut les chômeurs. Car oui, quand on les traite tous de feignants, une enquête vient dire que Non, ceux qui profitent du système ne sont pas si nombreux. Belle hypocrisie quand on voit la probité fiscale et légale de certains politiques.

Y’aura toujours ceux qui peuvent compter sur Papa et Maman, pouvant compter sur leur bonne sortie d’une entrejambe aisée leur bonne étoile pour intégrer des filières à accès payant. J’en avais déjà parlé, et c’est toujours drôle de voir ces mécanismes de reproduction sociale segmenter notre société et cracher à la gueule de l’intégration et de l’égalité des chances. C’est aussi drôle de voir ceux sortis de ces usines venir t’apprendre l’école de la vie. Allez taffer dans les quartiers populaires, ça ressemblera moins à un congrès des Républicains que sont vos bahuts et ce sera plus représentatif de la société Française.

Après, quand t’es d’une famille modeste où il reste que deux personnes (toi inclus), et que t’as pas cette chance, eh bien c’est faculté en tant que boursier. Et une fois le diplôme obtenu, on te sort l’expérience. Bref, redite et redite, venons en à Pôle Emploi et compagnie. En commençant par la mission locale.

 

Recherche consommation immédiate

 

Quelle belle expérience que la mission locale. J’y vais, j’attends mon RDV, et une femme du staff rejoint l’hôtesse d’accueil en disant « c’est qui celui là ? ». Très professionnel.Mon interlocuteur l’est déjà un peu plus. Je redis encore une fois mon CV, et j’apprends des choses. Que l’APEC / le Service Civique / Internet ne m’avait pas apprises. Comme par exemple, qu’en trente secondes on sait déjà si on va bosser avec toi.

Que tu dois enregistrer ton CV en .docx (format word) car les recruteurs cherchent par mots-clés et vont pas se faire chier, ils préfèrent le pré-formaté. Et des aides, et des remarques sur ma situation personnelle. Que quand t’as pas forcément les ressources pour partir, on te dit « Allez en foyer de travailleurs. », quand juste après on arrive à te sortir « Il ne faut pas vous brader », or les diplômes ne font plus tout, et « il ne faut pas faire le difficile. ». Oui, j’écoute les remarques et j’en prends note, même quand c’est contradictoire.

Alors j’ai postulé. De partout. Même en employé de rayon. CV déposé, le responsable qui semble faire une grimace car ni expérience ni permis (non exigés ou même mentionnés dans l’offre), « rappelez demain. »

Le lendemain offre prises, rappelez dans 3 semaines. Rappelé ensuite, « revenez demain avec un CV. » Et je reviens.

Et une phrase géniale, après avoir parlé de sa boîte et sorti des chiffres : « Y’a du boulot en France. Donc y’a pas de chômeurs. » Et pour proposer, pour de la mise en rayon, un essai professionnel de 5h. Fallait attendre que le camion arrive.

Le jour J, je me pointe 30 minutes avant. Sapristi, le camion est en panne, « je viens d’avoir l’info, revenez dans 3h. » Ne va pas appeler surtout. Voyant que je suis un peu exaspéré d’être pris pour une girouette, « Si ça vous intéresse pas allez y. » Super mon coco, tu viens de créer un chômeur. Tout comme t’es l’exemple du parfait crétin qui crache à la gueule d’une frange de la population.

Mission locale, après l’évènement : J’explique la situation. Premièrement, ce serait pas le seul mec de la grande distribution de mon patelin à agir comme ça. Y’en a même un dont beaucoup de retours se font entendre, sur des pré-supposés essais non payés. Mais l’autre conseil, d’une grande philosophie : « Aussi, il n’est pas dans la même logique que vous. Et vous devez arrêter d’être rebelle. Mettez de l’eau dans votre vin, faites le canard. »

Canne a sucre
Essais professionnels dans la grande distribution, image d’archive.

 

Tais toi, Penches toi en avant, Ne hurle pas

 

Et surtout, « ne soyez pas rebelle », et fermez votre gueule. Avec mes précédentes expériences dans les articles mentionnés au début, je devrais accepter des écarts professionnels ? Je dois accepter des sacs à merde qui ont oublié qu’ils étaient employés un jour, et qui abusent clairement de leur statut ? Je vous souhaite pas de connaître des victimes d’Harvey Weinstein (ou tout autre personnage aux comportements d’harcèlement sexuel reconnus).

Après tout, pour leur carrière, on leur à dit la même chose à ces actrices : Se taire et subir. C’est pas comme si c’était simple à dénoncer, que les rapports de force pencheront pas pour le moins gradé. C’est la loi du silence, et tenir ce type de discours c’est cautionner les abus dans le monde professionnel, dont le harcèlement sexuel est un triste exemple. Et cautionner, c’est être complice.

« Faire le canard. » C’est la petite excuse patronisante qu’on répond même à ceux qui vivent des situations clairement déplorables et inexcusables au travail. C’est ce qu’on sort aux jeunes, ces méchants contestataires, tous des gauchistes et social justice warriors !

…Hé oui, malheureusement, faut savoir évoluer. Et je parle pas aux jeunes là, mais aux vieux cons qui préfèrent une loi du silence qu’agir. Les lâches qui peut-être s’insurgent de la libération de la parole car cela vient casser leurs petites habitudes.

Ne venez pas sortir des théories comme les baïonnettes intelligentes à un nouveau employé. Vu la précarité de l’emploi, il sera toujours sur la sellette avec son CDD. Il devra fermer sa gueule, suivre, ne pas prendre d’initiatives. Un petit robot bien formaté, silencieux.

 

robot-visage-2

 

Il est certainement aussi difficile de décrocher un CDI (et avoir la sécurité de l’emploi) aujourd’hui que d’effectuer une sortie dans la rue pour une femme, sans qu’elle subisse un comportement déplacé d’un gros beauf qui aurait dû s’exercer sur sa génitrice.

Y’aura toujours de toute façon l’ego d’une grande gueule condescendante pour parler à un boulot, sans qu’elle se rende compte qu’elle crée ses propres ennemis et qu’elle est toxique à la vie d’entreprise. Et pour, à un moment ou à un autre, te juger de manière implicite sans que tu l’aies invitée à ouvrir son claque merde.

Mais le summum, c’est quand, après tout ça, te demande d’être positif. Quand on te positionne sur une formation et qu’on te donne un CDD de 2 mois en même temps (Coucou Pôle Emploi). Et qu’on te notifie pas que t’es retiré de la liste des candidats car t’es en CDD. Alors que le terme du contrat chevauche pas le début de la formation. Et que le jour J, t’as cette bonne surprise. Je reviendrai quand je serai à la rue.

Non vraiment. Ceux qui disent « Fais le canard », « Mettez de l’eau dans votre vin », « Partez gagnant », quand ils n’ont aucune idée du ratio échec / réussite, du vécu, et des comportement illégaux vécus dans la vie professionnelle de quelqu’un :

FERMEZ VOS GUEULES.

VOTRE OPTIMISME N’EST PAS UNE PUTAIN DE VERITE ABSOLUE.

 

Cordialement.

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