Edito – Travail : Nous ne sommes que des numéros

Cet article est un nouvel article dédié au travail. C’est un recueil de situations vécues, destinées à rester sur ce blog comme une témoignage des aberrations pouvant survenir au cours des recherches d’emploi. N’hésitez pas à le faire partager et à ne pas vous laisser faire dans des situations similaires. C’est le but premier de ces articles.  -P.TV

 

 

« Tu vois, lui au travail, il n’a pas été titularisé. Car il s’est syndiqué. »

« Mais, s’il s’est syndiqué, c’est pas justement car ses répétitions de CDD à foison étaient illégales et qu’il voulait faire respecter ses droits. »

« Non, c’est parce que les syndicats sont mal vus. Tu l’ouvres et hop : Quelqu’un d’autre le fera. »

« Donc au final, pour réussir, il faut renoncer à ses droits ? »

« Parfois oui, faut savoir fermer sa gueule. »

 

Voila le genre de discussion que j’ai avec un de mes parents. Le genre de discussion surréaliste d’une personne qui s’est enfermée dans un train-train quotidien et qui, pour ne pas créer de remous, renonce au fruit de luttes populaires. Qui, au final, préfère accepter la loi du silence même si elle serait en présence de quelque chose d’intolérable qui arrive à autrui. Après tout, peu étonnant venant d’un contexte actuel de compétition permanente. Même depuis l’entrejambe de votre génitrice, vous avez déjà quelques facilités qui s’ouvriront (ou non) à vous.

Regardez la grosse réforme de la sélection post-bac. En gros, le nouveau système crée 10 vœux non hiérarchisés sans qu’il y ait des quotas de « locaux » pris en priorité. Le résultat ? On prendra le top du top. Dans le tout. Et vers quoi vont se tourner les établissements ? Sûrement vers les Lycées les mieux côtés. Vous voulez de l’égalité des chances, mais cela va créer de plus grosses disparités. Il suffit de voir le taux de diplômés selon les enfants de telle ou telle classe sociale.

Alors quand on parle de Masters payants dans des facs, de sélections encore floues, on s’étonne pas que les jeunes en ont -un peu- marre d’être pris pour des cons. Et y’a toujours les petits cowboys de la bonne morale catholique (les fachos, hein) qui font les gorilles alors qu’ils sont, eux aussi, concernés. Mais ils ont juste envie de taper car ils aiment pas le rouge. On pourra leur parler des filières qui acceptent le double / triple (sans validation définitive) des dossiers comparé aux nombres de places à offrir, ou bien Parcoursup qui attribue une « note » dans l’algorithme de sélection qui peut se réduire avec un redoublement (et ce, même si le redoublement est une réorientation, dû à une cause extrascolaire, ou pour se préparer à tel ou tel cursus). Des articles et témoignages se trouvent sur les réseaux sociaux et les sites d’actualité, et sont assez probants de ce système qui risque de créer une division par le haut qui crée une égalité pour certains.

Je les plains, ces jeunes. Ils vont connaître avant même d’avoir mis les pieds sur le marché du travail la sélection inéluctable dans laquelle ils pourront parfois pas faire grand chose. Au final, ce qui pourrait faire plaisir au plus grand monde, ce serait de se débarrasser de ces énergumènes de milieux populaires et de ces autres jeunes qui l’ouvrent car ils sont inquiets de leur avenir. C’est vrai, quoi. Réduire l’affluence des lieux d’études pour tous, la trier pour qu’elle corresponde au « top du top », qui n’hésitera pas à fermer les yeux sur ce qui se passe. Des têtes pas forcément de toutes les couleurs, mais bien formatées et prêtes a reproduire ce cycle.

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Alors, au risque de me répéter, 4 ans de Droit, dans une faculté, ça ne m’a pas ouvert beaucoup de portes. Je me demande ce qu’il leur est arrivé, à ces 1ère Année qui viennent en jupe tailleur / costard avec un Code Civil / Code Pénal quand on étudie ça en 2nde année. Iphone et Mini Cooper, sympathisants des Républicains, qui prévoient leurs futures vacances dans des destinations exotiques financées par (ou avec) leurs parents.

Parfois, c’est l’école de la vie. Quelques articles plus tard, j’ai toujours de belles anecdotes à partager. Car l’école de la vie, c’est pas toujours obtenir un stage grâce aux contacts. C’est aussi ceux qui galèrent, postent des CV de partout, se bradent pas MAIS ne font pas « les difficiles ». Et qui parfois, font face à des recruteurs dont les excuses sont dignes d’un amant dans le placard, et d’une susceptibilité qui ferait passer Kim Jong-Un pour Gandhi.

Ca peut-être la Greffière en Chef d’un Tribunal Administratif qui t’appelle à 17h30, te fixe un rendez-vous la semaine prochaine, et te dit 2 jours avant avec un timbre vocal digne de Marine le Pen qu’ils ont pris une candidature interne « de dernière minute » et annulent le rendez-vous.

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Ca peut aussi être une responsable de formation juridique qui t’appelle un Samedi à 10h (sans mail préalable, numéro masqué, le droit à la déconnexion tu te le fous au cul) pour une offre d’emploi puis qui passe par ta conseillère Pôle Emploi pour l’annuler. Mais qui, à côté, n’a aucun souci à créer une application style « site de rencontres » mais pour les professions juridiques, ce qui est assez dérangeant en soi. Des petits numéros, qu’on choisit ou jette.

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Ce genre de sélection arrivera bien pour tout.

 

Et même parfois, on peut entendre des énormités dans les organismes censés t’aider. J’ai une petite pensée pour les Service Civique quand la responsable d’un organisme de formation me propose « de pas mettre la durée d’expérience mais juste l’année » et de passer le Service Civique « en intérêt, car c’est pas un travail et pas reconnu. » Et, au passage, entendre que je devrais mentir en envoyant un CV qui précise pas la durée de mes emplois. J’imagine le recruteur qui pose la question et qui voit que le candidat lui à fait perdre son temps car il n’a pas la durée requise.

Ou encore, le service de Parrainage de Pôle Emploi. Ca, c’est fort. Quand l’organisme te file pas le bon numéro et que le « parrain » est à peine briefé sur le truc. Qu’il te voit, te dit que « vous ne cherchez pas un travail dans l’immédiat », te donne à peine des nouvelles et sétait presque parti pour faire « Séance 1 : Le CV / Séance 2: La LdM », le genre de démarche qui t’apparait dorénavant insultante quand tu as fait l’APEC, Pole Emploi, que tu t’es renseigné, et que t’es maintenant dans un Club Jeunes où la responsable arrive à te sortir la connerie suivante :

« On peut justifier d’un projet professionnel dans la lettre de motivation d’un emploi alimentaire en expliquant ce qu’on souhaite faire après. »

Car oui, par définition, un emploi alimentaire est un SUBSTITUT, pas un BUT.

Mais ce qui va arriver par la suite, à quelques semaines du cinquantenaire de Mai 68, ce que l’on craint, c’est la divergence des luttes. Entre les étudiants qui sont déjà prédestinés sur leurs études et leurs opportunités sans le savoir, les cheminots qui ne sont -de toute façon- qu’un triste exemple des mesures qui arriveront doucement dans certains services publics (fiscalité, police, etc…) et dont les gens se plaignent à cause des grèves, et également les chômeurs, grands oubliés qui n’ont pas le droit de s’exprimer car ils ne participent pas à notre pays et au milieu cosanguin et malaisant que peut être le marché du travail (Allez deux secondes sur LinkedIn, la branlette d’ego professionnel à son meilleur), y’a moyen que tout cela avance.

Dans quelle direction ? J’en sais rien. Mais ce que certains dirigeants et personnes oublient dans la réussite, c’est que le mythe du self-made man n’existe pas vraiment. Même par exemple, Richard Branson (PDG de Virgin), qui a crée plusieurs boîtes avant d’arriver à là. On n’évolue pas SEUL, mais avec d’autres. Mais dans un contexte où l’autre est soumis à la compétition pour mériter sa place et usera de tous les subterfuges (contacts, copinages, etc….), on se demande pourquoi on n’irait pas dans les maternités tuer les enfants des couples sous un certain niveau de revenu ou sans certains pré-requis sociaux. Au moins, cela fera moins de râleurs et de laissés pour compte sur le carreau.

Bref. Sixième article sur le sujet, et quand on espère qu’une once d’humanité et de raison pourra briller dans une course au chiffre et à la performance où un humain peu performant, souffrant, pas faux-cul, avec une pensée contraire, fatigué et épuisé, père/mère de famille est (potentiellement) bon pour la casse et peu rentable, on avance toujours un peu plus vers la dystopie. J’ignore si vous avez une Uncanny Valley en voyant les photos des diplômés d’école de Commerce, mais je me dis que la Tyrell Corp. de Blade Runner n’est plus vraiment un truc de science fiction. Et chaque jour, le contexte se fait plus angoissant.

 

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