Test – RIOT : Civil Unrest

Même si le jeu vidéo possède de grands genres avec très souvent des licences connues qui ont fixé les bases de certains types de jeu (Tir, Conduite, Plate-Forme…), il arrive que des jeux sortent de toutes ces cases et proposent des expériences inédites. On pourrait parler de jeux comme Mister Mosquito sur PS2 qui nous met dans la peau d’un moustique, LSD Dream Simulator sur PS1 qui nous fait parcourir des mondes hallucinés, Seaman sur Dreamcast qui nous fait élever un batracien a tête d’humain.

Mais jusque là, je n’avais jamais testé un simulateur d’émeute. Et le développeur, de nationalité italienne, dit qu’il a participé au mouvement « No Tav » (qui s’opposait à la construction d’une ligne de TGV), qui lui a permis d’étudier ce qu’est une manifestation et créer un jeu où l’on pourrait jouer la population ou les forces de l’ordre.

Et, de ce fait, ce « test » est un peu spécial. Car toute manifestation sur un sujet de société inclut forcément des opinions politiques, que je vais essayer de garder les plus neutres possibles. Toutefois, est-ce que RIOT arrive à conserver cette neutralité dans son propos, en nous faisant jouer plusieurs scénarios basés sur des faits réels ?

Anarchie en Chiraquie

Tout d’abord, la première chose qui frappe en lançant RIOT, c’est que les développeurs incitent les joueurs à se renseigner sur les luttes qui ont été reprises dans le jeu. Outre le No Tav, il y a également le Printemps Arabe, la Z.A.D de Notre-Dame-des-Landes, les Indignés en Espagne…et c’est plutôt cocasse que ce jeu sorte sur Switch en plein mouvement de Gilets Jaunes, quand nos week-ends sont ponctués d’actualités sur les Blacks Blocs, les lance-grenades militaires reconfigurés en LBD par les CRS, des retours de bastons entre fachos et antifas…Et qu’au final, le but est toujours celui d’un conflit entre une population s’opposant à une mesure, et une population dont le but est de maintenir la sécurité dans l’espace public. Du moins, en théorie.

Le jeu nous propose donc faire un mode « global », où l’on pourra jouer du côté des « rebelles » ou des policiers, dans plusieurs scénarios repris des évènements cités plus haut. A côté de ce mode se trouve un mode Story où l’on peut rejouer les scénarios, un mode Versus et les options. Et…c’est tout. Un tutoriel n’aurait pas été de refus pour expliquer les bases du jeu. Surtout que celui-ci n’est pas des plus aisés à prendre en main.

Le jeu nous balance donc sur un terrain d’opérations où l’objectif varie selon qu’on joue les rebelles (j’ai quand même du mal avec ce terme) ou les policiers. Maintenir une zone, conserver des points en bon état, faire reculer le camp adverse : Voici quelques exemples des tâches que vous aurez à accomplir avec une ou plusieurs « escouades » de votre camp. Car oui, RIOT se joue avec des groupes qu’on peut sélectionner à la volée, mais pas tous en même temps. Oui, un jeu de simili stratégie où la sélection globale est pas possible. Ce qui est…pas super pratique quand on veut appliquer une stratégie à tout le monde.

Pour diriger le groupe, il suffit d’orienter le stick (ou la souris) vers une direction, et le groupe ira vers celle-ci, de manière assez confuse si celui-ci est éparpillé ou consolidé. Quatre directions correspondent aux interactions possibles : Il existe un mode offensif, neutre, ou défensif, qui permettent ensuite d’accomplir deux actions différentes. Enfin, la dernière case est affectée à un objet consommable, dont l’usage est soumis (comme les autres interactions) à un temps de recharge.

C’est donc avec un gameplay assez bizarre pour diriger un groupe plus ou moins réactif qu’il va falloir composer pour arriver à notre objectif. Et autant dire que cela n’est pas simple, à la limite du frustrant. Il faut composer avec notre groupe et les interactions, qui sont sensibles à une jauge de stress (qui, en l’absence de tutoriel, me semble absente ou mal explicitée…) ou même au système de cooldown assez bizarre, surtout quand le jeu te fait galérer à passer du défensif à l’agressif.

Une fois la mission finie, le jeu calcule une victoire militaire et une victoire politique, avec des valeurs positives ou négatives. C’est encore un peu flou quand le jeu n’explicite pas forcément comment faire influer ces scores (ni même la jauge en haut de l’écran), et qu’une victoire pour les flics quand ceux-ci chargent des « rebelles » manifestant sans agressivité avec les matraques et les lacrymogènes permet une victoire générale de leur camp, sans trop avoir de malus politique. D’ailleurs à ce sujet, la campagne Policiera m’a semblé plus simple. La plupart du temps, j’ai appliqué la méthode Castaner chargé dans le tas…Et ça a marché.

Sur le plan visuel, Riot prend le parti d’un pixel art pas forcément bien réussi, qui aurait gagné à être étoffé en finesse sur les décors et la charte graphique des menus, franchement hideuse. La palette de couleurs correspond évidemment au propos ainsi qu’a un ancrage au réel, mais le jeu reste bordélique une fois en mission. La partie sonore, hormis la musique du menu, la musique anxiogène à base d’alarmes et de cris de foule dans la sélection de mission, colle à l’esprit du soft mais n’est pas la plus joyeuse qui soit.

Pour la durée de vie, le jeu se finit en un peu moins de 10 heures en faisant la campagne d’un des deux camps. Je n’ai pas fini la campagne des policiers à l’heure où je parle, mais la durée de vie, certes correcte, comprend les galères à effectuer clairement les objectifs demandés.

Sur le plan du multijoueur, il est possible de faire un mode versus. Pour peu qu’on arrive à convaincre quelqu’un « hé, tu veux jouer à la manifestation ? » de prendre part à ce jeu qui s’apprécie surtout pour son propos en solo, de nous mettre face à une situation donnée, un objectif, et réussir celui-ci.

La version PC comprend un éditeur de scénario pour développer ses missions. Toutefois, on ne relève pas de DLC sur ce jeu, même s’il comprend quand même beaucoup de contenu récent (La Z.A.D de Notre-Dame-des-Landes par exemple)

La groupie du Zadiste

RIOT part d’une bonne intention, à savoir montrer ce qu’est une manifestation, l’opposition des forces en présence, une victoire médiatique ou militaire. Toutefois, le jeu échoue par un gameplay qui n’est pas expliqué, par une lisibilité médiocre, et un ensemble qui rendent la gestion de foule laborieuse et peu amusante. Je veux bien comprendre qu’un ensemble de personnes en manifestation est désorganisé, mais ici l’expérience -qui veut retranscrire ce qu’est une manifestation- n’est pas plaisante dans ses interactions.

De plus, même si c’est un point que je classe pas comme « négatif » mais « maladroit », le jeu échoue dans son concept par certains détails. Déjà, le terme « Riot » (émeute) est mal choisi. On peut très bien, dans le jeu, remplir certains objectifs des « rebelles » sans violence.

Egalement, le jeu demandra de se ranger d’un côté ou de l’autre de la barrière. Et employer le terme « Rebelles » pour les manifestants, les objectifs bien plus réalisables pour les policiers, ou encore la victoire quasi-assurée si l’on emploie la méthode forte interroge vraiment sur le jeu.

Une manifestation comprend parfois des « factions » annexes à ces deux camps (par exemple : Black Blocks pour les « rebelles », Alexandre Benalla pour les policiers) qui ne sont pas forcément cautionnés par les membres « du même camp » en présence. De plus, certains policiers ne sont pas forcément jouasses de taper sur les manifestants, car ils sont ayant tout des citoyens en dehors de leur uniforme.

Bref, RIOT, même s’il est un jeu très moyen, est une tentative d’explication des mouvements sociaux assez intéressante. Je peux pas vraiment blâmer l’idée qui est bonne, mais son exécution demande de connaître bien plus que les manifs auxquelles à participé le créateur du jeu en Italie. Par humilité, j’ai fait de la science-politique durant mes études et jamais je ne dirai comprendre tous les tenants et aboutissants politiques, sociaux, et économiques de tels évènements. Même si des chroniqueurs se feront par exemple de grands savants du sujet sur les chaînes d’info, ce sera difficilement un jeu qui expliquera les rouages complexes et implicites d’une manifestation.

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