Plaisir Coupable : Senran Kagura, parodie ou Fan-Service ?

Note : J’avais posté cet article il y a longtemps sur Pop Fixion et je l’ai jamais reposté ensuite…jusqu’a aujourd’hui. J’en ai profité pour le mettre à jour.

L’article parle de sujets adultes sur la fin et traite d’une licence destinée à des gens de plus de 16 ans.

Le Japon est parfois perçu comme un pays paradoxal : La population est très réservée sur la sexualité et l’on pourrait croire que le pays est très prude ; or il existe une fête de la fertilité avec des chars représentant des pénis, un temple dédié à la poitrine, et des rayons de jeux et mangas comprenant des jeux au caractère sexuel, parfois avec des catégories qui font polémique en occident quand les filles ont un aspect enfantin et sexualisé (Lolicon).

Pourtant, on ne pourra pas reprocher au Japon de ne pas être un pays créatif, et ce quelque soit le média pop-culture visé. En brassant beaucoup de genres différents et comportant de nombreux créatifs très prolifiques, il arrive aussi que dans ce qu’on appelle les « jeux de niche », on trouve des curiosités qui valent le coup d’oeil, et c’est ici que se range Senran Kagura.

Senran Kagura, par son aspect, est souvent vu comme : « Oh, encore un jeu avec des gros seins pour des ados mâles cis-het en manque. »

Toutefois, ce serait regarder le jeu que sous une seule de ses facettes. Car en réalité, Senran Kagura est bien plus fourni qu’on le pense, et c’est dans sa seconde lecture qu’on trouve quelque chose entre les fesses et les seins de ses protagonistes : Une parodie du genre ecchi, du fan-service, très souvent servi avec des jeux aux gameplay fun et nerveux.

Garanti sans rembourrage

Senran Kagura est une licence née de l’esprit fripon de Kenichiro Takaki. Ce n’est pas la première fois que ce créateur de jeu vidéo s’illustre avec des héroïnes féminines aux formes généreuses avec un aspect coquin : Il a crée les adaptations vidéoludiques de licences comme Ikki Tousen, To Love-Ru, ou encore Maho Sensei Negima. Mais c’est avec Senran Kagura qu’il pourra donner libre cours à son expérience sur le sujet., en étant aux commandes de l’intégralité du projet.

Pour Senran Kagura, Takaki s’en donne à cœur joie en créant un univers moderne dont l’intégralité du casting (sauf rares exceptions) est de sexe féminin, assez jeune, et avec des attributs très prononcés. Cet aspect fan-service sera renforcé avec des dialogues, situations, costumes faisant la part à nos héroïnes, et Takaki ne sera pas avare envers les otakus : Beaucoup de produits dérivés existeront notamment, pour rendre ces waifus aussi interactives que possible.

Le jeu s’est même exporté en série animée.

C’est lors de l’année 2011 que naît la licence avec Senran Kagura : Shojo-tachi no Shinei, qui ressortira chez nous sous le nom Senran Kagura Burst en 2014. Version augmentée de la version japonaise, il s’agit d’un beat’em’all en 3D où l’on affronte des vagues d’ennemis avant d’affronter un boss, souvent une autre fille du casting. La majeure partie de la série se composera par la suite de beat’em’all, et fait parfois des incursions dans le jeu de cuisine / rythme (SK : Bon Appétit !), le jeu de tir avec des pistolets à eau et des maillots transparents (SK Peach Beach Splash !) ou même le jeu de cartes à collectionner sur mobile (SK New Wave)

La majeure partie de la série est développée par le studio Tamsoft, et il existe également une série animée, des mangas et des OAV pour étoffer l’univers du jeu, en offrant toujours des situations absurdes propices à l’appréciation lubrique et coupable de ces jeunes filles, avec parfois des collaborations pour ajouter encore plus de filles au casting : Ayane, Marie-Rose et Honoka de Dead or Alive sont les récentes demoiselles invitées pour se frotter à nos guerrières, en plus de celles d’Ikki Tousen.

On pourrait donc se dire jusqu’ici que Senran Kagura est encore une licence typiquement japonaise crée dans un pays où l’amour ne se conjugue plus forcément au réel.

Cinquantes Nuances de Fesses

Si l’on devait donc résumer Senran Kagura en quelques mots, ce serait de l’action, des jeunes filles aux formes généreuses très mises en avant (parfois de manière cocasse), et un scénario très bateau qui reprend tous les poncifs du shônen avec tout ce que cela inclut de bons sentiments, de situations humoristiques, et de défis qui se présentent à nos héroînes..

Nous suivons l’académie Hanzo, comprenant cinq jeunes filles voulant devenir des shinobi, comprenez des filles ninjas qui seront envoyées sur des missions de la plus grande importance. On suit donc la bande composée d’Asuka, Ikaruga, Katsuragi, Yagyu, et Hibari. Elles croiseront parfois le chemin de l’académie clandestine d’Hebijo, composée d’Homura, Yomi, Hikage, Mirai, et Haruka.

Selon les épisodes, d’autres filles des branches secondaires (ou d’autres factions) viendront se joindre à l’intrigue, avec toujours ce point commun mammaire. L’intrigue tournera donc parfois entre la quête de réussite, la rivalité avec l’autre école, ou mettre fin à une menace, et reprend tous les poncifs de la quête initiatique d’un shônen : Super attaques, progression du héros, dialogues bourrés de bons sentiments et de morale, présence d’un sensei…

Selon les épisodes, d’autres filles des branches secondaires (ou d’autres factions) viendront se joindre à l’intrigue, avec toujours ce point commun mammaire. L’intrigue tournera donc parfois entre la quête de réussite, la rivalité avec l’autre école, ou mettre fin à une menace, et reprend tous les poncifs de la quête initiatique d’un shônen : Super attaques, progression du héros, dialogues bourrés de bons sentiments et de morale, présence d’un sensei…

« Violets are blue, Roses are Red, I see Asuka underp… »

Et c’est à ce moment là qu’une seconde lecture de toute la licence est possible. C’est générique, prévisible, et ça reprend ce qui se fait déjà dans le genre. Mais au détour d’un dialogue, quand une fille au physique de loli doute de son talent car elle n’a pas de poitrine (Et toutes les amies lui disent que « Non, être une shinobi c’est dans son cœur ! »), qu’on réalise que le fan-service n’est pas le but de la licence, mais le terreau de celle-ci.

Tout le merchandising tourne autour des seins, ou des fesses des personnages. Les finish moves des jeux mettent à mal nos héroïnes avec des poses humiliantes (Poulpe, serviette, filet de volley, tout y passe…), et le scénario, même s’il réinvente jamais la roue, donne tellement d’instants gratuits (Katsuragi adore le harcèlement sexuel) qu’on ne peut jamais prendre ça comme un supplément lubrique, mais une satire du fan-service et des otakus, en allant de plus en plus vers la surenchère. Un contenu téléchargeable de Peach Beach Splash permet, entre autres, d’arroser les filles avec du lait blanc colorable en jaune ; Les esprits les plus déplacés apprécieront…

De ce fait, Senran Kagura, en accordant une place de choix à autant d’instants triviaux, pourrait presque tourner vers la parodie de la culture otaku, avec même les héroïnes qui sont fans de shônen (Certaines missions spéciales d’Ikaruga permettent de découvrir la fandom dont elle fait partie) ou des références vestimentaires (Daidoji est habillée comme Jôtaro Kujo de JoJo’s Bizarre Adventure : Stardust Crusaders), mais la parodie s’efface par moments.

C’est en effet ce qui viendra nuancer le propos de cet article visant à apprécier la licence sous le terme du second degré : il arrive un moment où cette surenchère nous questionne sur l’ensemble de la série : Est-ce réellement une parodie assumée, ou une réussite du fan-service poussé à outrance grâce à de bons jeux ? Devant tant de succès et la volonté d’aller toujours plus loin (Senran Kagura Reflections sur Switch, où l’on s’adonne à la réflexologie et divers massages avec le cast féminin), on peut se poser la question : Parodie, ou victoire du fan-service ?

Quand j’avais écrit cet article à l’époque, la mentalité des éditeurs sur la censure de ce type de jeu était un peu plus légère, tant qu’on ne montrait pas des filles paraissant enfantines physiquement se faire malmener. Toutefois, les mentalités ont changé, et ce n’est pas forcément Nintendo qui est le plus prude, mais Sony. En effet, le remake PS4 de Senran Kagura Burst à été décalé pour contourner la censure, et d’autres jeux comme Omega Labyrinth n’ont jamais franchi les frontières de l’archipel nippon.

Sony qui censure plus que Nintendo. Bien entendu, Nekopara est un eroge avec des scènes visuelles pornographiques censurées sur les versions Steam et consoles, mais les images « ecchi » (suggestives) ont davantage de censure sur PS4.

Donc, est-ce que le fan-service n’est pas en train de perdre du terrain ? Senran Kagura ne montrait pas de nudité totale non censurée quand des jeux occidentaux n’ont pas forcément ce genre de problème (Coucou GTA V, Conan Exiles), et je suis curieux de savoir si cette nouvelle politique est dû à des conséquences du mouvement #metoo (qui balbutie encore au Japon) ou bien à une volonté de Sony de protéger ses jeunes joueurs, même si les systèmes de classification sont très faillibles.

Tout en vous laissant sur cette question ainsi que le choix d’avoir un avis différent là-dessus, Senran Kagura pourra vous interroger après avoir découvert la licence. Mais quelque soit votre camp, il reste qu’on a là une très bonne série de jeux d’action, avec des personnages assez charismatiques, et même s’ils répondent à des clichés déjà vus, ils mélangent avec brio du fun sans prise de tête et de l’appréciation coupable de formes féminines peu respectueuses des lois de la gravité.

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