Comics – Mutafukaz

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Si le Label 619 ne vous dit rien, sachez qu’il s’agit aujourd’hui d’un des plus gros éditeurs de romans visuels en France. Certes, c’est pas Delcourt ou compagnie, mais cette maison née d’Ankama regroupant beaucoup de styles différents et très « punk » dans son esprit s’est déjà illustrée avec quelques licences comme Doggybags, Freaks and Squeele, ou même des (ré) éditions de Tank Girl époque Jamie Hewlett ou plus modernes. Mais c’est avec Mutafukaz, ayant récemment fait l’objet d’un long-métrage réalisé par Ankama Animations et le studio japonais 4°C (Animatrix, Amer Beton, les cinématiques du jeu Catherine…) que le Label 619 à débuté.

 

FOK JULLE NAIIERS

 

Guillaume Renard, appelé 777Run ou Run, à commencé dans le webdesign puis le toy-design, mais crée en parallèle l’univers de Mutafukaz. D’abord en animations flash, puis en court-métrage diffusé à Sundance en 2003. Motivé par la réception du public, il décide d’illustrer l’histoire avec un premier tome en 2006 qu’Ankama décide d’illustrer sous un nouveau label dont il sera directeur de publication : Le Label 619. Esthétique punk, underground, bien loin des carcans lisses, on peut dire que Mutafukaz va -d’un certain côté- poser les bases du label tout comme son univers crade, violent, sans aucune censure. Après un ultime tome en 2015, il lance en 2017 le spin-off Putamadre, après avoir également réalisé Doggybags de 2010 à 2017.

C’est dans un mélange de gangstas typiques de Los Angeles, de science-fiction de Série Z, et d’un peu de culture de la lucha mexicaine que se déroule Mutafukaz. Dans la ville de Dark Meat City, a une époque contemporaine à la nôtre, que deux ados tentent de s’en sortir dans cette ville viciée en proie aux gangs de rue.

Angelino (ou Lino) est un livreur de pizzas mais surtout un gros loser, tout comme son ami et colocataire Vinz, un squelette au crâne en feu. Mais c’est surtout Lino qui va vivre des sensations étranges après un accident de la route : Certaines ombres ressemblent à un espèce extraterrestre, et il commence à décupler des réflexes et des capacités surhumaines quand il est énervé. Mais ce n’est que le début d’un plus gros bazar à échelle nationale, comprenant son lot de complots et d’ultraviolence.

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Mutafukaz est un délire bordélique, violent, teinté de culture urbaines, de références christiques ou de la culture lucha, avec un bon gros doigt d’honneur fait à l’autorité, incarnée ici par le biais d’interventions policières violentes, si ce n’est pas des polices privées. L’histoire connaît un rythme soutenu qui se calme quelquefois pour mieux pourrir l’ambiance et repartir encore plus fort, et les personnages principaux (Lino / Vinz / Willy) sont de véritables anti-héros qui se demandent constamment comment se sortir de la galère.

Et…Mutafukaz montre un univers bien développé, parfois verbeux, mais qui ne se refuse rien. Des références et des situations qui ont un certains écho avec aujourd’hui, un scénario rocambolesque qui rappelle des oeuvres comme AKIRA, Frank Miller’s The Dark Knight, ou encore Watchmen, et un style de dessin dynamique, nerveux, avec des pages colorées ou monochrome ponctuées de transitions travaillées. On sent que Run aime le street art, aime cette culture et veut lui rendre hommage, et qu’il met effectivement toutes ses influences dans cette histoire.

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Cela participe bien au bordel ambiant…mais cela s’éparpille. Beaucoup de factions apparaissent, le scénario perd un peu son rythme à un moment, et le final prend une direction assez inattendue et déprimante.

 

« Monde de merde »

 

Devant le succès de Mutafukaz et du label 619, il s’est fait un long métrage avec The Toxic Avenger à la bande son, Orelsan au doublage d’Angelino (même si j’aurais voulu un doublage marqué plus gangsta), et le studio 4°C à la réalisation. Le film, malgré quelques soucis de distribution, est de bonne qualité. Etant passé assez inaperçu dans une année ciné assez chargée également, il mérite aussi le coup d’oeil, de manière complémentaire au bouquin.

 

Donc, si un monde où le plomb coule autant que le sang, que le fantastique mêlé à des violences urbaines vous tente, essayez Mutafukaz. Tout aussi punk que les autres oeuvres de son label, c’est une curiosité vulgaire, bordélique, démentielle, soignée et généreuse (dans une intégrale magnifique) qui s’offre à vous. Bien évidemment, cela ne révolutionne pas le genre, mais y apporte un vent de fraîcheur avec un univers qui ne colle pas souvent au comics (gangs de rue et fantastique) mais qui est servi avec l’amour de l’auteur pour cette culture, tout en racontant une vraie journée de merde d’un anti-héros qui n’avait rien demandé.

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