Comics – Neonomicon et Providence

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Alors qu’on a déjà fêté le centenaire de la mort d’Howard Philips Lovecraft, l’héritage de l’auteur originaire de la Nouvelle-Angleterre est encore présent de nos jours ; ne serait-ce que le personnage de Cthulhu, devenu aujourd’hui une icône de la Pop-Culture, ainsi que les nombreuses œuvres se réclamant d’un héritage lovecraftien.

On peut citer The Thing de John Carpenter, ou encore Seven de David Fincher, partageant cette filiation pour l’horreur indescriptible et la mise à mal de la santé mentale des protagonistes. Toutefois, bon nombre d’œuvres soulèvent l’argument « Lovecraft » à tort et à travers de nos jours, et le mythe n’est pas forcément utilisé comme une base solide et avec un respect des nouvelles de l’auteur.

Mais récemment, un grand auteur de comics s’est mis en tête de réaliser une histoire très respectueuse du mythe, qui se positionne d’ailleurs comme l’un de ses derniers travaux : le très célèbre Alan Moore, et c’est par le biais de deux œuvres, Neonomicon et Providence, que l’auteur Américain s’est illustré dans l’univers créé par l’un des auteurs phares du cosmicisme. Et pour finir ce préambule, sachez que toutes les œuvres évoquées dans cet article sont vivement déconseillées aux mineurs, car un comics sans violences sexuelles ne serait pas du Alan Moore. Vous voilà prévenus.

 

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Le premier contact d’Alan Moore avec H.P se fait avec Neonomicon, qui prend place dans une Amérique moderne et conforme à notre réalité, où Lovecraft à laissé un héritage conséquent dans la pop-culture : boutiques de romans et de jeux de rôle dédiées à l’auteur, des groupes de rock dont le nom et le répertoire piochent allègrement dans les titres de ses nouvelles…

C’est dans ce cadre qu’on envoie l’agent fédéral Sax enquêter dans une ville où d’étranges meurtres sévissent, les cadavres étant retrouvés morts et décapités avec leur peau incisée et repliée en forme d’étoile sur leurs mains.

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Le chapitre suivant nous envoie quelques mois après avec deux autres agents à qui Sax a donné une piste sur une éventuelle secte liée à ces meurtres, dont les réunions piochent dans l’imagerie pop-culture du culte sataniste avec des orgies et éventuellement des sacrifices. Je ne détaille pas la suite des évènements, mais le fantastique déjà présent dans l’enquête de Sax se retrouve avec ces deux agents qui vont devoir affronter la folie et l’innommable là où ils s’y attendaient le moins.

Neonomicon proposait en un volume une histoire moderne qui faisait un bon usage de l’œuvre de Lovecraft pour livrer une intrigue teintée de mystères dans une affaire policière à priori banale, et l’accueil critique fut plutôt positif. C’est ce bon accueil qui motivera Moore à écrire une œuvre bien plus importante dans son hommage à Lovecraft : Providence, qui vient de se terminer avec son troisième tome en 2017. Constituant l’ultime travail de Moore, Providence va pourtant revêtir une importance capitale pour Neonomicon.

 

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Compilé en trois tomes, Providence se déroule à une époque contemporaine de H.P Lovecraft, située durant l’entre-deux guerres et commençant à New York en 1919. Robert Blake, journaliste pour le New York Herald, entreprend d’enquêter sur des décès ayant pour point commun la lecture d’un ouvrage, Sous le Monde. Cette enquête va le mener dans des zones rurales de la Nouvelle-Angleterre telles que Salem, ou encore Arkham, dans le Massachusetts.

 

Cette enquête sera l’occasion pour lui de découvrir malgré lui beaucoup de phénomènes étranges qui mettront sa santé mentale en danger, de manière très subtile et résumés entre chaque chapitre par de longues lettres retranscrites en texte intégral, et également présentes à l’image. Il y aura aussi de nombreux personnages présents pour l’aider dans sa quête d’informations, y compris quelques sociétés secrètes détenant des secrets importants.

Sans tourner dans l’horreur constante ou la violence gratuite, Moore place une ambiance à priori détendue, avec les pérégrinations d’un journaliste allant de contact en contact pour obtenir ses informations. Mais tout cela n’est qu’un masque, et il suffit de lire entre les lignes et d’apprécier le décor pour voir que ce calme apparent n’est qu’une façade pour quelque chose qui surprendra le lecteur jusqu’au bout, et dont je tairai le dénouement.

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Il est très dur de parler sans spoiler du lien qui unit ces deux œuvres, en plus de l’auteur américain sur lequel Moore s’est renseigné durant six mois avant de concevoir Providence. C’est un véritable travail de titan qui se cache derrière ce comics, ne serait-ce que par la vraisemblance des environnements, de certains personnages, ainsi que le respect du mythe. Et pourtant, ce mythe n’est pas omniprésent dans Providence et c’est ce qui fait l’une de ses forces : la suggestion, l’ambiance faussement calme et l’aspect crasseux de la campagne américaine qui cache certaines choses que Blake n’aurait pas dû rencontrer.

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Toutefois, la grande réussite de Providence vient de son final. Car en plus de prendre l’héritage Lovecraftien comme exemple, Moore définit la pop-culture et comment celle-ci se transmet, grâce à des « hérauts ». Et cette pop-culture, elle se développe, fait partie de l’inconscient collectif, et cet univers fictionnel et irréel devient réalité par ceux qui l’illustrent de toutes les sortes (art, cosplay, jeux vidéo, livres, etc…), et composent un tout qui existe grâce à nous, et qui continuera de perdurer tant qu’on continuera à y donner une consistance.

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Car il ne suffit pas d’aligner un Cthulhu pour se dire « Lovecraftien », Alan Moore achève sa carrière avec un hommage solennel à Howard Philips Lovecraft et tout l’univers de l’auteur du Rhode Island grâce à 4 comics démentiels. En se servant de l’influence de ce dernier pour donner sa vision de la pop-culture en filigrane, Moore donne vie aux mythes Lovecraftiens contient d’horreurs dans une ambiance pesante et mystique.

 

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