Comics – Judge Dredd

Si le nom de 2000 A.D ne vous est pas familier, il l’était dans les années 1970 et 1980 auprès des fans de comics alternatifs et autres fanzines ; C’est parmi les lignes de ce magazine britannique à parution hebdomadaire qu’est né l’un des policiers les plus zélés, inflexibles, le justicier psychorigide par excellence qui à inspiré beaucoup de personnages : Judge Dredd. Et c’est plus précisément en 1977, dès la première parution de 2000 A.D que Judge Dredd commence à faire respecter la loi.

Feuilleter quelques planches de Judge Dredd, c’est revenir à une esthétique science fiction telle qu’est imaginées dans les années 70-80, avec tout ce que cela comporte de quartiers en ruine, de punks à chien aux looks bigarrés, et de loubards aux punchlines ridicules. C’est donc le moment de partir dans une Amérique en proie au crime, pas toujours incarnée par Sylvester Stallone, entre violence et justice aveugle. Avec une petite musique d’ambiance collant parfaitement au personnage.

Droit Pénal dans ta gueule

Judge Dredd est né du trait de Carlos Ezquerra, dont l’oeuvre majeure sera Judge Dredd, et de deux scénaristes : John Wagner, qui est l’un des créateurs de la revue 2000 A.D, et Pat Mills, qui s’est également illustré sur Marshal Law. Ce trio s’est surtout illustré dans les pages de 2000 A.D, qui continue aujourd’hui à paraître, ce qui explique qu’on trouve très peu de travaux connexes de ces trois hommes qui se sont surtout concentrés sur Dredd durant 40 ans.

Judge Dredd connaît un succès relatif en étant publié dans 2000 A.D avec d’autres séries, comme ABC Warriors. Même si la revue servait de gigantesque tremplin pour beaucoup de futurs auteurs de comics (on peut citer Alan Moore, Dave Gibbons, Jamie Hewlett, Mike McMahon), Judge Dredd continue d’être publié chez 2000 A.D et comprend également des compilations de vieux volumes, ainsi que la parution d’histoires plus longues sous forme de véritables comics, avec parfois de nouvelles têtes au dessin et au scénario.

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Le cadre utilisé pour Judge Dredd est censé être post-apocalyptique et se dérouler à partir de 2099, dans une Amérique ravagée par les radiations, mais c’est surtout un décor urbain inhospitalier et ravagé par le crime qui est majoritairement présenté. Dans ces gigantesques mégalopoles réunissant ce qui reste de la population, l’Amérique décide de créer les Juges pour faire respecter la loi dans les milieux urbains.

La juridiction des juges est Mega-City One, sorte de gigantesque ville-état post-apocalyptique qui comprend autant de bidonvilles et de zones urbaines à risque. Avec tous les soucis sociaux imaginables présents dans ces quartiers (chômage, inégalités, pollution, gangs…), il est peu étonnant que l’Etat adopte un modèle entièrement tourné vers des doctrines sécuritaires pour sa direction, illustré par le Conseil des Cinq présidé par le « Juge Suprême ». Même si d’autres lieux américains apparaissent dans la série (Las Vegas, Mega-City Two, Fort Knox), c’est généralement Mega-City One qui concentre l’intrigue de la série.

Réunissant les trois pouvoirs normalement séparés dans toute bonne démocratie, les juges sont aptes à dicter la loi, la faire respecter, et juger la personne. Ils possèdent tous une moto leur permettant d’intervenir très vite sur le lieu d’un crime, et une arme de service dont la variété de munitions disponibles est disponible sur une simple demande du juge maniant l’arme. Ces deux outils leur permettent d’appliquer la loi (souvent fasciste et expéditive) à tout criminel, qui ne disposent souvent d’aucune défense juridique au moment des faits, la sentence étant souvent « définitive. »

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Dans tous les juges se trouve Dredd : visage masqué par son casque (et censuré dans le comic), très professionnel, assez froid et méthodique, il est l’incarnation même de la Justice, aveugle et impartiale. Son comportement lui assure une reconnaissance par ses pairs et une haine / peur de la part des criminels, et n’hésite pas à faire preuve de ruse et d’initiatives pour appliquer la justice dans le far-west futuriste qu’est Mega-City One.

Cet aspect inhumain, presque « robotique » du personnage qui ne vit que pour son travail, se heurte parfois à des soucis qui le dépassent (politique, hiérarchie…), mais ne sourcille jamais devant ces derniers et ne s’enferme pas forcément dans des règles. Il arrive que Dredd rende son badge, déroge à sa hiérarchie ou soit mené à tuer des juges corrompus, mais chacune des actions est guidée par une justice certes impartiale, mais qui sait rester humaine et saine d’esprit dans un monde en perdition qui risque jamais de retrouver un quelconque ordre social.

Gangs de rue, cartels, robots défaillants, mutants, et même juges criminels : Chaque histoire de Juge Dredd se base sur la même construction, à savoir la mise en place d’une situation comprenant des crimes, l’intervention de Dredd, et la sentence délivrée par Dredd (souvent la peine de mort). Ce format permet donc plein de petites histoires pouvant se lire souvent dans n’importe quel ordre, disponibles aujourd’hui dans des intégrales. Et petit détail amusant, l’univers de Dredd évolue avec les années réelles ; Aujourd’hui, cela fait en réalité plus de 120 ans que Dredd est en service dans l’univers du comic.

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En plus des comics qui constituent un terreau de gangs et criminels en tout genre, deux films sont sortis en salle sur l’univers de Judge Dredd.

Le premier film éponyme sort en salles en 1995 avec Sylvester Stallone dans le rôle du juge impartial, et place l’action dans la Mega-City One de 2139. Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, Dredd découvrira des choses sur son passé et mettra fin à un complot visant à remplacer les juges.

Hélas, même si le film est fidèle à l’univers et qu’il fait même une incursion dans la Terre Maudite (désert irradié), les critiques ont reproché un manque d’originalité pour un film au final assez banal, et un Stallone dans le surjeu de son rôle. Même s’il fut salué sur le plan visuel, il est considéré comme l’un des pires films de Stallone, et rapporte 113 millions de Dollars au box-office pour un budget de 90 Millions. Il est également, à titre d’anecdote, la source de memes notamment par le Nostalgia Critic. Notons que le film fait aussi l’erreur de montrer Dredd sans son casque.

Le second film de 2012 qui n’a pas eu une sortie en salles dans le monde entier, se prénomme Dredd, et ne fait absolument pas suite au film de Stallone. Ici, le ton est bien plus sombre, dans un Los Angeles comprenant de gigantesques HLM-cités agissant comme des mini-villes, avec évidemment le risque qu’un groupe criminel prenne le contrôle de la tour. C’est exactement ce qui se produit dans ce film, et une opération d’arrestation à priori routinière va devenir pour Dredd et sa partenaire un huis-clos meurtrier.

Bloqués dans la tour sans aucun moyen d’appeler des renforts, Dredd (incarné par Karl Urban) et Anderson, sa partenaire dotée de capacités psychiques, vont devoir mettre fin aux agissements de Ma-Ma, fabricante d’une drogue ralentissant la perception du temps (Le Slo-Mo, ou le parfait clin d’oeil au Bloody Eye de Cowboy Bebop).

Violent, bourré d’action, une direction artistique et d’acteur réussie, ce Dredd saisit bien mieux que le précédent film toute la crasse, la violence des années 2100 et le caractère particulier de Dredd, qui a du mal à agir en duo de prime d’abord, mais se découvrira une part d’humanité grâce à sa partenaire qui lui sera d’une grande aide quand ses minutes sont comptées.

Judge Dredd, c’est l’incarnation d’une justice aveugle mais ô combien défoulante, dessinée dans un futur dont l’aspect daté pourra parfois faire sourire. Grâce à son format périodique qui dispose aujourd’hui de très bonnes ré-éditions en français chez Delirium et Soleil U.S Comics, il n’est pas trop tard pour se plonger dans une fresque de justice inflexible et expéditive, une icône pop-culture des années 70 qui ne sera jamais un plaisir coupable.

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