Rétrospective – La série DanganRonpa

S’il y a bien une chose dont le milieu scolaire aimerait se débarrasser, ce ne serait pas de l’absentéisme ou de la chute du niveau des élèves. Ce ne serait pas non plus des enseignants qui ont la tâche ô combien difficile, mais louable, d’éduquer les enfants. Non, ce serait plutôt de se débarrasser de la violence.

La violence en milieu scolaire, ce phénomène qui est parfois érigé comme un eugénisme social nécessaire dans la série de mangas Battle Royale, ou encore une cause tragique détruisant le corps étudiant dans Suicide Club. Et dans cette spirale de violence aveugle où les jeunes sont à la fois acteurs et victimes, DanganRonpa est la violence scolaire illustrée par le meurtre, poussée par les sentiments, les bas-instincts humains et surtout le désespoir.

La découverte du jeu sans avoir aucun détail sur certains points du scénario et de l’univers est l’une des choses qui ont fait beaucoup dans mon appréciation de cette série. Par conséquent, si l’article vous paraît survoler le scénario par moments, cela est volontaire. La surprise et les plot twists sont non seulement nombreux dans le jeu, mais sont aussi un élément qui jouera beaucoup dans l’appréciation des personnages.

Sans plus attendre, parlons donc de DanganRonpa, une licence d’abord éditée en jeux vidéo qui a également connu à ce jour deux séries d’animation. Tout sera mentionné dans un ordre compréhensible et vous saurez enfin qui est ce nounours bicolore peu rassurant servant de mascotte à la série. Bien sûr, les spoilers seront savamment évités durant tout l’article pour vous laisser le plaisir de la découverte de la licence.

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DanganRonpa, réunissant les deux mots Dangan (弾丸) et Ronpa (論破) pour Balle et Réfutation, est une licence créée par le studio de développement et d’édition vidéoludique Spike Chunsoft, né de la fusion des deux studios Spike et Chunsoft en 2012. Le jeu provient d’un prototype censé paraître sur PSP nommé Distrust, reprenant surtout l’aspect enquête du jeu. Hélas, peu d’informations sont disponibles sur celui-ci.

Connus principalement pour être les créateurs de la série des Shiren The Wanderer dont la formule fut déclinée et traduite en « Donjon Mystère » avec les licences Pokémon et Etrian Odyssey. Ils sont également les créateurs de la trilogie des Nonary Games : 999 – Nine Hours, Nine Persons, Nine Doors, le second volet Virtue Last Reward, et Zero Time Dilemma. Et tout comme cette trilogie, DanganRonpa est également un visual novel (roman visuel) entrecoupé de mini-jeux, mais l’ambiance et les visuels des deux jeux diffèrent beaucoup.

Spike Chunsoft fait également de l’édition localisée de jeux occidentaux au Japon : on peut mentionner par exemple Crypt Of The Necrodancer, l’excellent rogue-like musical (chaque nouvelle partie est différente dans un donjon généré au hasard) bénéficiant d’un cross-over exclusif avec DanganRonpa, comprenant des remixes des musiques de la série et des sprites pour le joueur et les ennemis. Malheureusement, impossible d’en bénéficier sur les versions non éditées par Spike Chunsoft.

DanganRonpa est illustré par Komatsuzaki Rui, qui s’est surtout démarqué sur cette licence avec un style graphique aux couleurs variées, des personnages très distincts, et un rendu globalement en 2D assez reconnaissable, même si la série fait quelques incursions dans un rendu 3D ou dans le pixel art.

Sur l’aspect musical, toutes les bandes-son ont été réalisées par Masafumi Takada, que l’on peut retrouver entre autres sur No More Heroes, Killer7, ainsi que lors de collaborations pour des bandes-son (Notamment Super Smash Bros. Brawl et Super Smash Bros. For Wii U and 3DS). Ici, la bande son oscille entre de l’ambiant jazzy saupoudrée de sonorités pop pas toujours enjouées, avant de passer sur de l’électro à la limite du Drum and Bass assez anxiogène qui renforce la pression que le joueur subit lors des procès, où une mauvaise argumentation peut mener au Game Over.

Pour finir sur l’ensemble des jeux vidéos de la licence, DanganRonpa, c’est avant tout deux visual novels : DanganRonpa : Trigger Happy Havoc ! et DanganRonpa 2 : Goodbye Despair !, parus sur PSP en 2010 et 2012 et ressortis sur PSVita en 2014. Un troisième épisode, DanganRonpa V3 : Killing Harmony, est sorti en 2017 sur PS4 et PSVita.

On note également DanganRonpa Another Episode : Ultra Despair Girls, paru sur PSVita en 2015 et se déroulant entre les deux premiers épisodes de la série. Tous ces jeux seront désormais disponibles sur PS4 (et aussi PC) cette année, grâce à la collection DanganRonpa 1-2 Reload et le portage de l’épisode Ultra Despair Girls. Et accessoirement,  un jeu en VR dont on connaît pas encore le contenu exact sortira également sur PS4.

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« The game is on »

 

DanganRonpa raconte l’histoire de Makoto Naegi, un jeune lycéen faisant sa rentrée à la prestigieuse Hope’s Peak Academy, une école réputée pour n’accepter que l’élite la plus talentueuse, dont le recrutement se fait par des chasseurs de têtes en amont afin de garantir la réputation prestigieuse de l’école : tout étudiant qui en sort possède son avenir tout tracé, un futur radieux et confortable s’offrant à lui. Makoto ne disposant d’aucun talent mais ayant été admis pour une raison inconnue, aborde cette première journée avec surprise, mais aussi avec une certaine joie.

À peine entré dans l’école, Makoto est pris de vertiges et s’évanouit ; il se réveille quelques instants après avec 15 autres lycéens, tous doués dans un domaine : un auteur de romans à l’eau de rose, une programmeuse, une nageuse… mais également des domaines plus loufoques comme un auteur de fan-fictions, un dirigeant d’un club de motards, une fashionista, ou bien l’héritier prodige. Tout le lycée est en huis clos et leur hôte n’est autre qu’un nounours bicolore étrange nommé Monokuma, qui leur fait vite comprendre que tout contact avec l’extérieur ainsi que toute fuite est impossible, sauf s’ils participent à son jeu.

Le jeu de Monokuma est simple : les étudiants doivent se tuer entre eux. Seul le meurtre permet la liberté. Toutefois, à l’issue d’un meurtre, une phase d’enquête est lancée, pour enfin déboucher sur un procès aux règles simples : si le vrai meurtrier est trouvé, le jeu continue ; si le vrai meurtrier n’est pas trouvé, tous les étudiants sont exécutés à l’exception du meurtrier qui gagne sa liberté. Et comme si ça ne suffisait pas, les exécutions correspondent à la spécialité de l’étudiant « coupable », et Monokuma s’arrange pour pousser peu à peu les étudiants au meurtre, en donnant des motivations sous forme d’enregistrements vidéo, de données sensibles….

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DanganRonpa Another Episode : Ultra Despair Girls est un jeu spin-off qui part sur une histoire différente, faisant suite aux évènements de la Hope’s Peak Academy. On incarne Komaru Naegi, la sœur cadette de Makoto, qui vit seule dans un appartement coupé du monde, dans un milieu urbain. Sa routine incessante et ennuyeuse sera détruite par un Monokuma défonçant sa porte avec des intentions assez meurtrières.

Dans sa fuite, Komaru tombera sur une équipe de sauvetage qui lui donnera un porte-voix électromagnétique tirant des projectiles mortels pour les Monokumas ; dans le feu de l’action, elle est séparée de l’équipe de sauvetage et se retrouve dans Towa City, une ville entièrement envahie par des Monokumas. Armée de son porte-voix et très vite rejointe par un personnage déjà présent dans la série, elle tentera de survivre dans cette ville pour retrouver son frère qu’elle a perdu de vue. Le seul problème, c’est que cinq enfants se faisant appeler The Warriors Of Hope sont bien décidés à exterminer tous les adultes de la ville… y compris Komaru.

 

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DanganRonpa 2 se déroule après cet épisode. On y suit Haijme Hinata, qui va faire sa rentrée à la Hope’s Peak Academy. Tout comme Makoto, Haijme ne dispose d’aucun talent et va se retrouver accepté dans ce prestigieux établissement. Tout comme Makoto, il s’évanouit et se retrouve dans une salle de classe avec ses camarades. Sauf qu’à la surprise générale, pas de jeu meurtrier en vue : un petit lapin rose et blanc nommé Usami vient les accueillir, pour un voyage scolaire sur une île paradisiaque où ils sont déjà arrivés !

Malheureusement, les apparences sont trompeuses, et le cadre a priori agréable et ensoleillé va donner lieu à un nouveau jeu meurtrier de la part de Monokuma, qui, non content de se servir d’Usami comme souffre-douleur, va forcer les étudiants à s’entretuer dans les mêmes règles que le premier épisode. Ce jeu ne risque pas seulement de conditionner leur liberté ou leur décès, mais il risque d’avoir des conséquences sur le monde entier…

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DanganRonpa a connu également deux séries d’animation : DanganRonpa the Animation, qui suit et respecte à la lettre l’histoire du premier jeu en 10 épisodes de 45 minutes, dont la réalisation est due au studio Aniplex (Persona 4 The Animation), et la plus importante : Danganronpa 3 : The End of DanganRonpa. L’importance de cette série est cruciale : elle possède trois arcs (alors qu’en vérité, seulement deux, mais j’y reviendrai), se déroulant avant le premier épisode et après le second épisode. Autant dire que jouer aux jeux est crucial pour tout comprendre, car la série dévoile allègrement le contenu de ceux-ci.

Je vous ai parlé de trois arcs dans la seconde série : baptisés sobrement « Despair » et « Future », et rejoints par l’ultime épisode « Hope », les épisodes sont parus de manière alternative, à savoir d’abord un épisode Future, puis un épisode Despair. Alors que les épisodes Future suivent la suite du second épisode, les épisodes Despair expliquent comment tout l’univers de la série s’est progressivement mis en place, en développant au passage les nouveaux personnages apparus dans l’arc Future.

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Si votre boîte d’aspirines n’est pas encore finie, sachez que les versions PsVita (et donc PS4) des jeux DanganRonpa 1 et 2 comprennent également des visual novels dénués de tout mini-jeu pour compléter l’univers de la série. La série a connu beaucoup de light novel et side novel pour étoffer l’univers, mais le plus proche du canon de l’histoire est DanganRonpa Zero, qui est disponible une fois que vous avez fini DanganRonpa : Trigger Happy Havoc.

En plus des light novel et side novel que je n’ai pas détaillé, sachez que la série fut adaptée pour être jouée sur scène au Japon en prenant comme base l’histoire des deux jeux servant de socle à la série. Il y a aussi deux applications pour smartphones n’ayant pas franchi l’archipel s’apparentant à des free-to-play bardés de mini-jeux.

 

Rencontre des gens désespérés dans ta région

 

Après avoir évité avec brio de vous spoiler l’histoire de toute la série en elle-même, je vais expliquer un peu le gameplay des jeux principaux et de son spin-off, Ultra Despair Girls. Si Ultra Despair Girls est pour l’instant le seul jeu de la série sortant du genre du visual novel pour faire un jeu de tir à la troisième personne en monde semi-ouvert où l’on se bat principalement avec un porte-voix contre des Monokumas aux formes et capacités différentes, la série opte généralement pour une sorte de Point and Click en vue à la première personne.

En dehors des dialogues, DanganRonpa se joue en vue à la première personne où l’on progresse dans les locaux de la Hope’s Peak Academy (ou Jabberwock Island dans le second épisode), afin de rechercher des indices, parler aux étudiants et faire avancer l’intrigue. Les meurtres sont l’occasion pour le joueur de découvrir de nouvelles zones, de passer au peigne fin les lieux et de récupérer de multiples indices qui seront autant de munitions pour le procès.

 

Quand je parle munitions, j’en parle au sens propre : les procès sont à des lieues d’un Phoenix Wright, et sont bien plus toniques, illustrant vraiment le combat d’hypothèses et de révélations survenant dans le tribunal. Derrière les noms étranges que sont par exemple Nonstop Debate, Panic Talk Action, Hangman’s Gambit, Logic Dive, se cachent des mini-jeux illustrant la recherche effectuée par notre personnage pour relever les mensonges et incohérences, effectuer des hypothèses et déductions et, au final, pousser le coupable dans ses derniers retranchements avec un argument fatal. Pour finir sur les débats, les arguments sont notés sur des balles, qu’on envoie littéralement dans les fausses affirmations pour les détruire.

Et comme si cela ne suffisait pas, la musique d’ambiance est plutôt entraînante et nous accompagne dans les phases de vie étudiante et d’enquête. Elle laisse place à de l’électro tonique et rythmée lors de tous ces mini-jeux, qui sont bien sûr soumis à un chronomètre et une jauge de vie qui ne remonte pas complètement durant le procès. Contrairement à un Phoenix Wright, les procès reprennent après l’échec d’un mini-jeu et non au début, mais sont bien plus toniques et parfois plus longs que dans celui-ci.

 

Mad World

 

DanganRonpa se trouve être, outre l’aspect ludique qui nous raconte la quête désespérée pour la survie d’étudiants prodiges, une œuvre assez déroutante. Même si elle se permet au fil des années d’assumer un côté plus délirant et très parodique, elle possède également un aspect très dérangeant, et plusieurs instants et dialogues sont assez durs. Car oui, avant que le second épisode se décide à être plus fou en offrant du fan-service avec des filles en maillot, des proportions parfois généreuses, des dialogues bardés de références pop-culture avec parfois des doubles sens sexuels, le ton du jeu vient nuancer le tout.

Qu’on évoque la nécrophilie, des attouchements, la prostitution, l’exploitation par la famille, tous les protagonistes de DanganRonpa sont brisés à un moment ou à un autre. Ils sont tous confrontés au désespoir que ce jeu meurtrier fait peser sur eux, ou du moins par l’environnement qui règne dans tous les opus. Même si le jeu se veut optimiste en disant de garder espoir au milieu de tout ce désespoir, cette dualité entre ces deux états d’esprit ressemble aux deux faces d’une pièce de monnaie : inséparables, chacun étant la face cachée de l’autre, pouvant prendre le dessus à n’importe quel moment.

Qu’il s’agisse d’Ultra Despair Girls où Komaru est molestée à un moment par des mains téléguidées, que l’on raconte au gré d’un dialogue comment les sbires de l’antagoniste de la série ont voulu perpétuer sa mémoire, et qu’on explique le traumatisme d’un personnage féminin qui a été violée alors qu’elle était mineure, le jeu comprend des dialogues et des moments assez durs, que je ne recommande pas à un public non averti. Certes, c’est cartoonesque, ça peut paraître être un Shônen plutôt joyeux et coloré si l’on regarde les premiers épisodes de l’arc Despair de l’animé, mais non. C’est un seinen, plutôt amoral par instants, ne vous méprenez pas.

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Je laisse cette image à votre libre interprétation…

DanganRonpa est une série cross-media qui ne vous laissera pas indemne. C’est une œuvre dérangée, brutale et curieusement assez optimiste, qui démontre avec violence et sadisme que malgré tout, chacun possède en lui une part d’espoir qui peut tout changer. Un véritable rollercoaster émotionnel, des personnages très attachants et le tout servi avec un travail artistique vraiment éclectique : DanganRonpa devrait vous tenir assez longtemps en haleine avec tout son univers complet et déjanté qui sait rester sérieux et cohérent dans tout ce qu’il entreprend.

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