Edito : Le mainstream, et le manque de curiosité sont t’ils un cancer ?

Avant toute chose, cet édito sera probablement très salé pour certains lecteurs, mais c’est un constat que j’ai depuis longtemps. Un constat qui commence à m’agaçer très fortement, tout autant qu’il à son importance dans le processus créatif et les produits « cible » qui marchent en ce moment.

Ca ne va pas parler que de jeu vidéo, et cela s’applique également en dehors ; C’est un sujet qu’il n’est pas facile de traiter sans être qualifié de « hater » ou de « hipster » pour ceux dont l’on menace la zone de confort.

Aujourd’hui, on s’attaque au fait qu’une culture, des œuvres de pop-culture deviennent « mainstream », et qu’elles causent l’oubli ou occultent complètement leurs inspirations / œuvres connexes : Le fait qu’on accorde davantage de publicité, de présence, et d’intérêt aux choses mises en avant par un plus gros budget communication au détriment d’autres œuvres plus modestes (ou n’ayant pas les mêmes moyens) s’accompagne généralement d’un afflux de la foule qui, à force d’être matraquée de publicité, ira davantage voir ce qui est mis en plein devant la figure que ce qu’il y a à côté.

N’y a t’il pas un problème derrière ça ? N’est ce qu’une course à la meilleure communication même si l’oeuvre n’a rien d’original ? Est-ce le public qui manque clairement de curiosité ? Dans un contexte où il faut savoir se vendre tout en étant original mais pas trop, où l’on doit pouvoir se rattacher à des lieux communs pour pas être mis à l’écart par la foule, sommes nous trop cons pour sortir de cette mécanique simpliste, ou en sommes nous encore capables ?

 

Trendy is the new plague

 

L’idée de cette petite réflexion m’est venue de l’idée d’un « Geek Pride Day » survenu récemment. Vous savez, ces petites journées qui apparaissent sans raison pour célébrer ou rappeler quelque chose. Comme si l’on avait besoin d’une journée pour affirmer ou se proclamer de quelque chose. (Coucou la Saint-Valentin)

Alors je me souviens de mon enfance, des années 90. Que le phénomène des jeux vidéos, et des passionnés de japanimation, mangas, étaient vécus comme un phénomène culturel marginal. Au pire on se moquait d’eux, on les tournait en ridicule, au mieux on s’en servait de bouc émissaire médiatique pour des faits comme Columbine. Dans la cour de récréation, on jouait aux cartes Pokémon avec des amis, et t’avais toujours le petit caïd (ou la pilule du lendemain défectueuse, c’est selon) pour te faire chier, déchirer tes cartes. Ce même petit qui, les années passant, ira se maquer comme tous les autres couples lui ressemblant dans la rue basant tout sur les apparences mais qui te sortiront un petit Candy Crush ou Clash Royale sur leur iPhone pour faire geek. Au pire, il portera un T-Shirt Star Wars.

Comment on a évolué depuis ? Faut dire qu’encore, les préjugés ont eu la vie dure (je vous ressors pas Meuporg, les no-life de World of Warcraft et tout), et qu’on a toujours aimé se moquer de ces gens là.

Puis on s’est dit : N’empêche, ils ont des thunes pour s’offrir leur trucs. Alors si on retournait nos vestes et qu’au lieu de les faire chier car ils ont d’autres occupations que nous, on les caresse dans le sens du poil et on les rend « à la mode » ?

Et c’est ainsi, que peu à peu, on a rendu le geek « tendance. » On n’a pas cherché à rendre ça de niche, on a voulu ouvrir au public. Ce qui a permis à plein de personnes soit de découvrir par curiosité, de revoir leur à priori sur ce qu’ils conspuaient car d’autres le faisaient (j’ai toujours aimé cette mentalité de merde d’hurler avec la foule), ou bien de voir ça comme un moyen de gagner de l’attention ou se valoriser en société.

Tout ce qui paraissait inconnu s’est révélé aux gens : Avec l’explosion d’Internet et des nouvelles technologies, ce ne fut qu’un excellent moyen de changer l’image de manière globale. Sites Internet, personnalités, nouveaux métiers, évènements amateur, boutique, tous se sont adaptés / pliés afin d’accueillir tout ce nouveau public. Bien sûr, beaucoup s’en sont mis plein les poches, ont dû s’adapter afin d’être plus vendeurs.

Et c’est ainsi que le « geek », terme valise, générique et utilisé à toutes les sauces dans le marketing, à fait de toutes les sous-cultures qui sont implicitement visées (Japanimation / Manga / Jeu Vidéo / Cinéma / Cosplay) quelque chose de grandement commercial.

C’est dur à avaler quand on met certains devant cette réalité : Pour la petite anecdote, y’a quelques années, j’avais débattu avec une adolescente du fait que le cosplay est quelque chose d’absolument commercial ; Le même genre de personne qui, outre l’orthographe ponctuée d’emotes niaises, pour espérer exister, tente le stylisme avec des influences « sexy » et japonaises après avoir cosplayé des licences originales ayant « inventé » les idols / magical girls que sont Vocaloid et Puella Magi Magica.

Art

Quitte à habiller des mannequins, j’aimerais pas les faire passer pour des poires.

 

C’est triste et j’enfonce très certainement des vérandas grandes ouvertes à ce rythme. Que finalement, on ait pris la passion des gens, et qu’après bien leur avoir craché dessus, on décide par pur cynisme de retourner la chose et de flatter leur ego. Des jeux vidéos adaptés en films, des collections cross-média et genres, du merchandising, et j’en passe : Les exemples sont légion.

Et commercialement dans tout ça ? On est un aspirant commercial et l’on veut se faire du chiffre sur cette clientèle ?

On prend ce qui est tendance, qui marche, est « dans le sens du vent » et on ne vend que ça. On ne va pas se faire chier avec des trucs connexes qui plairont à de la niche passionnée silencieuse et minoritaire ; On fait du consommable, qui se vend, jusqu’à ce qu’autre chose prenne sa place (sa suite ou autre).

Après tout, pourquoi se faire chier à vendre du Etrian Odyssey, du Megami Tensei ou du Darius Burst quand tu peux vendre du Call Of Duty et le jeu annuel d’Ubisoft ?

Pourquoi vendre du Sandman ou Preacher quand t’as les réeditions de Marvel pour le film Deadpool et Avengers et que t’as les séries Netflix ?

Pourquoi vendre du Klub des Loosers ou du Gesaffelstein quand Jul et David Guetta sortent leur nouvel album ?

Qu’est ce qu’on en a à foutre que ça plaise à certains ? On doit plaire au plus grand nombre, à ceux qui achètent.

 

Ca pourra paraître stéréotypé, très revu et démontable, comme petit paragraphe où j’ironise sur la situation. Mais dans ce grand cynisme, on à complètement mis à l’écart ceux qui n’en avaient rien à foutre d’être conspués avant. Ceux qui étaient passionnés et qui n’ont pas attendu que X ou Y se découvre un public potentiel pour s’y intéresser. Ceux qui ne se sentent pas obligés de s’afficher avec un empilement de lieux communs pour qu’on s’intéresse à eux.

Dans ce cynisme de l’attrait du gain et d’amasser le plus de public possible grâce à la communication, voici quelques exemples qui m’ont donné envie de me trancher la jugulaire pour l’insulte vivante qu’ils constituent à ces gens qui n’ont pas demandé ce gain d’intérêt soudain de sans-race.

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Qu’il s’agisse d’une ambiance « Marvel / DC » dans un bar E-sport avec photos aux angles de vue très beauf #AiMalAMesComics

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Qu’il s’agisse de passer en mode Deadpool juste à la sortie du film (merchandising, comics) alors qu’avant personne en avait rien à foutre…

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Qu’il s’agisse de faire pleuvoir le budget communication et les reviews dithyrambiques pour un jeu (même pas 24h après sa sortie, sans les fonctions compétitives pour lequel il se destine, et exclusivement multijoueur) avec 9 Cartes et 3 Modes de Jeu dans deux genres de jeux sous-représentés que sont le MOBA et le FPS…
Qu’il s’agisse des trente-six conventions actuelles dont la programmation est quasiment la même…

Star Wars "Force Friday" - Chicago

Ou enfin, que la sortie d’un nouveau film attire un tourbillon de merchandising et tout le monde se réveille soudain pour suivre.

 

A noter que j’ai pas critiqué jusque là les œuvres citées ci-dessus sur le plan qualitatif. Ce serait très dur car je ne connais pas tout et je n’ai pas la science infuse. Mais sur la curiosité et l’inventivité, je peux parler.

(Don’t) Think inside the box

 

La, pour le coup, j’ai abordé que la facette communication / marketing. Qu’au final, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait la richesse.

Maintenant, parlons des œuvres en elle-même. De la créativité bien frileuse en ces temps modernes, et qui au mieux reste dans l’anonymat général car c’est pas aussi vendeur et vendu.

Inventer quelque chose, créer n’est certainement pas une chose aisée : Les plus cyniques diront que plus rien n’est original, et que depuis que des choses comme un urinoir ont été érigées comme de l’art, on a détruit la créativité, et la technique. Dur de leur donner tort, certaines formes d’art ont émergé et d’autres ont disparu ; Appliqué en dehors de l’art, certaines choses sont devenues moins présentes, moins « tendance » que d’autres.

Que ce soit par exemple la surexploitation des morts-vivants, les genres de jeu vidéo sur-représentés ou les applications génériques du héros au 1000 visages, on remarque que les gros gains se trouvent beaucoup si l’on suit le marché. Au final, dans une logique économique, on peut comprendre ce qui pousse à suivre ce qui se vend, quitte à éclipser partiellement ce que l’on savait bien faire. Parfois ça marche…et parfois, cela ne marche pas. Et au mieux, tout semble tourner en rond qu’on en vient à faire des confusions.

Overwatch / Battlecry / Battleborn : Qui est qui ?

 

Après tout, il existe également de grosses ficelles pour pouvoir faire prospérer sa cash-machine jusqu’à saturation : Quand ça marche, on en fait des suites pas toujours réussies ; Quand on veut la faire revenir, on en fait un reboot. Et quand tu veux faire les deux, tu fais une histoire « aux origines », précédant un autre volet de la licence.

Et c’est ainsi que Assassin’s Creed devient une trilogie en cinq épisodes dans son canon d’origine, pour tourner ensuite dans autre chose plus mince scénaristiquement ; C’est ainsi que Spider-Man aura droit à 3 interprètes différents et autant de reboot (Sam Raimi / Marc Webb / Jon Watts). C’est ainsi qu’on a / aura eu pas moins de 22 films Marvel entre 2008 et 2019.

Peut-être qu’a un moment, l’appât du gain et la sur-exploitation d’une licence devrait s’arrêter. Car dans l’idée, ces succes-story appâtent d’autres plus modestes, qui se disent que quitte à réussir, autant faire le même type de contenu. Autre exemple : Les films Hunger Games et ceux dans le même créneau de dystopie sociale avec des héros adolescents.

Peut-être qu’on pourrait en avoir rien à foutre et faire son truc par envie, et non pas QUE pour le fric.

Peut être qu’on peut faire quelque chose pour faire plaisir à son public, et non pas engranger le max de thunes possible.

Mais non, on doit faire du consommable. Qui marche. Qui doit être vendeur.

 

Eat, Drink, Swallow

 

Du coup, on a abordé la communication, la création, et maintenant la consommation.

Et c’est un fait pour tout le monde : On n’a pas le temps. On doit comprendre vite fait l’histoire, les enjeux, et profiter au plus vite.

Alors on a commencé à mettre des jeux sur smartphones. Des free-to-play, dont j’avais parlé.

Ou encore des jeux vendus 60 balles finissables en 3h, auxquels on rajoute du contenu en plus payant si, par folie, le client veut toujours plus. Ou, au contraire, s’il veut espérer tenir la dragée haute à ses concurrents, et ne pas être rabaissé.

Si l’on veut vraiment être en concurrence rude, on a l’E-Sport. On fait des tournois, on prend deux joueurs (ou plus) et c’est compétitif, avec du fric en jeu, et récemment la France qui vient de légaliser dessus. En tournoi ou sur de la diffusion, les vues, le clic, les revenus, « il suffit d’être malin » comme dirait l’autre ménestrel.

En parlant de diffusion, car on n’a pas le temps pour profiter et l’on préfère profiter par procuration, on pourra toujours voir des vidéos de gens qui jouent aux jeux, avec en supplément leurs remarques, blagues, personnalité. Il y en a tellement qu’il faudrait faire un site de rencontre pour cela. Plus le temps de profiter, apprécier, quelqu’un le fait à notre place. Quand on possède l’interactivité en jouant soi-même à quelque chose, ou en découvrant soi-même, on préfère laisser autrui s’en occuper.

Et puisqu’on aime pas les trucs durs à mâcher, on essaie de les rendre accessibles. Et gare à vous si vous commencez à faire votre élitiste car vous aimez la résistance ; Il y aura toujours des aficionados du challenge en guimauve pour vous dire que rendre accessible est une bonne chose, en vous envoyant tout le vocabulaire sur le snobisme. Découvrir aux plus jeunes ou non-initiés est une chose, de là à dénaturer un matériau d’origine au profit d’un public plus grand, c’est une autre problématique.

Et dans ce grand buffet de malbouffe qu’est souvent devenu la pop-culture, certains crient à l’indigestion, alors que d’autres plus bruyants vont continuer à festoyer. Parfois, cela prend la forme de grands banquets, appelés conventions, où tous ces gens à l’appétit insatiable se réunissent comme des jacky au Paris Tuning Show en son temps. Et nul besoin de changer son habitude alimentaire : La même soupe sera servie, réchauffée ou non, pour le plus grand plaisir de petits et grands.

 

Est-ce que l’on n’aurait pas des oeillères ?

 

Lors d’un anniversaire, une personne avait sorti une phrase suivant une question anodine, à savoir « de quoi manque la jeunesse ? »

La réponse était « Manque de curiosité. » Avec le temps, je me rappelle plus qui dans l’audience à sorti cela, mais c’est certainement la phrase la plus censée que j’ai entendue jusqu’à présent.

J’ai essayé, moi-même, de sortir de mes sentiers battus. De découvrir le RPG, puis de découvrir Megaten au profit de Persona, et actuellement découvrir ce que l’animation japonaise à pondu dans les années 80 avant de voir ce qui se fait aujourd’hui. Et je ne parle pas des livres ou comics. Je cherche à savoir d’où provient chaque idée, et ce même si j’étais réfractaire.

Hélas, les habitudes de consommation, le marketing, et les envies « forcées » du public où l’on privilégie le vendeur à l’inédit dressent un constat assez triste : On n’arrive plus à apprécier. On n’est plus curieux. On préfère suivre ce qu’autrui aime, plutôt que découvrir le moins connu, sortir des sentiers battus, changer son habitude.

C’est assez triste tout de même, dans un contexte où toute cette émulation de moyens et d’influences pourrait donner des résultats très fous et intéressants, on cherche quand même le profit et le vendeur. On ne fait pas réellement ce qu’on aime, on fait ce qui est aimé. On ne cherche pas à être trop différent, on cherche à rester quand même avec le groupe.

Peut-être que l’on sait plus apprécier, ni réellement se différencier. C’est en surface, et non pas sur le fond. Et que par une sorte de plaisir coupable, on n’essaie pas de s’en sortir. Certains essaient, sont encore créatifs, mais ils sont vite rattrapés par la réalité financière.

Au final, peut-être bien que la pop-culture est à l’image de ses consommateurs, un reflet qui personnellement me fait de moins en moins envie.

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