Edito – L’E3 sert t’il encore à quelque chose ?

Bonjour et bienvenue pour un nouvel édito après un grand moment sans en écrire un, car aucune inspiration venait pour un sujet particulier.

J’ai beaucoup hésite à faire sur la profusion de jeux Steam quotidiens (ou l’Indiepocalyse comme le dit Canard PC) ou encore plus récemment, les stagiaires employés dans l’industrie du jeu vidéo (ce qui a fait fermer un kickstarter récemment suite à une polémique), mais j’ai décidé de faire un autre sujet.

J’ai décidé de m’attaquer à un événement majeur du jeu vidéo, qui se tient annuellement à Los Angeles, et ce depuis 1995.

Mais récemment, cet événement voit son importance réduite, et bon nombre d’acteurs du jeu vidéo emploient parfois des palliatifs afin d’assurer leur communication. Qu’en est-il donc de l’E3 ? Est ce que les salons de jeu vidéo dans son genre sont-ils encore utiles ?

 

Qu’est ce que l’E3 ?

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Tout d’abord, présentons l’E3, abréviation d’Electronic Entertainment Expo. Se tenant chaque année au Los Angeles Convention Center durant le mois de Juin, ce salon se veut avant tout pour les professionnels du secteur, à la différence des salons un peu plus généralistes dont la majeure différence est l’ouverture au public.

Ce salon est donc l’occasion pour les acteurs majeurs (Sony / Microsoft / Nintendo) de faire une sorte de “bilan” annuel (à grands renforts de tunnels de chiffres) de la situation et d’afficher ce qui va arriver dans leur gamme de produits.

Car l’E3, outre les stands de constructeurs et d’éditeurs de jeux, s’est vu ajouter des conférences pré-E3 où des constructeurs (Microsoft / Sony / Nintendo) présentent leurs futurs produits, qu’il s’agisse de nouveau matériel ou de nouveaux jeux ; Mais également, certains éditeurs (EA, Activision, Ubisoft par exemple…) présentent également leurs nouveaux jeux.

Des conférences étalées sur deux-trois jours avant l’ouverture de l’E3, pour ensuite l’ouverture au professionnels du salon où ils pourront « tester » les produits ainsi affichés ; L’E3 est un salon qui s’est davantage ouvert aux non-pros avec le streaming des conférences, et qui sait garder une certains importance dans la sphère vidéo-ludique.

Sauf que ça, c’est en théorie. Car en pratique, l’importance de l’E3 est tout de même nuancée, et même pour les salons de jeux-vidéo en général.

 

Le Contexte actuel

 

En réalité, l’E3 est un salon où les conférences se suivent, les stands d’éditeurs se battent à grands renforts de musique, goodies, et de babes pour appâter le professionnel.

Du coup, on peut signaler quelques éléments qui font que ce salon est tout à fait dispensable.

 

Tout d’abord, prenons la structure même du salon. Nous avons des jours où chaque éditeur fait une conférence d’environ 1 à 2h pour présenter ses ambitions, et les futurs produits de sa marque, qu’ils proviennent de lui ou d’éditeurs tiers.

Durant l’édition 2015 par exemple, nous avons eu Microsoft et Sony pour les constructeurs, et Bethesda, Electronic Arts, Ubisoft, Square Enix, et la conférence PC Gaming Show, à part.

Pour cette année, sont prévus Microsoft et Sony, ainsi que Bethesda, Electronic Arts, et Ubisoft, avec toujours PC Gaming Show à part.

Pourquoi certains se présentent et d’autres non ? Cela peut dépendre du catalogue à présenter, et de l’intérêt financier de faire une conférence. D’ailleurs, vous remarquez que Nintendo n’est pas présent dans les conférences. Même si Nintendo est sur le salon et dispose d’un stand, ils emploient depuis quelques années les « Nintendo Direct », une conférence pré-enregistrée et sous-titrée diffusée sur leur chaîne officielle. On peut comprendre pourquoi suite au fiasco et aux usines à memes des dernières conférences E3 de Nintendo.

Par exemple, cette année, Nintendo fera encore un Nintendo Direct, Electronic Arts fera une conférence à part. Et, chose plutôt intéressante, les conférences pré-tournées (comprenez qui ne sont pas streamées en direct depuis la scène de l’E3), ou non hébergées depuis les locaux de l’E3 ont un succès tout aussi comparable aux conférences E3. Imaginons alors que Sony et Microsoft fassent une conférence pré-tournée de leurs produits avant l’ouverture de l’E3 : Est ce que cela marcherait aussi bien ?

C’est ici une guerre de communication, mais aussi financière. Héberger une conférence demande des moyens humains et financiers, afin de justifier la présence de son stand sur place, surtout quand on est un investisseur majeur du secteur. Mais participer à l’E3 ne signifie pas forcément qu’on aura la meilleure visibilité, ou l’accueil du public : C’est une gigantesque foire, et dans tout ce mélange, certains se réservent pour d’autres évènements, ou investissent des moyens réduits.

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Par exemple, Sony dispose en plus de l’E3 de la Playstation Experience (En Novembre, déjà deux éditions) et du Tokyo Game Show où il montrait des produits davantage destinés au public oriental.

Egalement, nous avons la Game Developers Conference de San Francisco au mois de Mars, plus tournée sur le développement.

Ce ne sont que quelques exemples, auxquels on peut ajouter les salons ouverts au public (Gamescom, Paris Games Week…) où chaque éditeur peut décider ou non de faire des coups de communication qui le mettront en valeur. Annonce de tel ou tel jeu à tel event, etc…

De plus, à peu près tous les éditeurs et constructeurs disposent de leur armada de Community Managers, et des chaînes de diffusion en direct ou en différé sur Internet. Prenons par exemple le dernier stream d’ATLUS pour Persona 5, diffusé à la fois avec un mini-show à la Tokyo Tower, et avec des vidéos présentant le jeu entre-temps.

L’E3 n’est donc employé QUE pour le rayonnement international et professionnel qu’il propose. Le cadre permet des conférences très professionnelles et pouvant envoyer des signaux forts aux investisseurs, ce qui ne serait pas très possible pour les autres évènements. Mais avec des stands réduits (Nintendo sera en mode minimum cette année), et des conférences hébergées ailleurs, avec parfois des évènements annexes, l’E3 perd son importance, qui est un peu concurrencée.

 

Parlons maintenant de l’envers de l’E3. Ce qui s’y déroule une fois le salon ouvert.

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En lui-même, le salon est ouvert aux « professionnels » : Comprenez non seulement des acteurs du milieu (éditeurs, développeurs, etc…), des journalistes Jeux Vidéo (que ce soit sur Internet, sur papier, ou sur des clickbait comme GameBlog). Et depuis peu, aux YouTubers, vidéastes jeux vidéo, streamers Twitch, et autres « personnalités » d’Internet.

On pourrait débattre de mille et une manières sur l’influence grandissante de ces nouvelles personnalités qui s’imiscent notamment dans le jeu vidéo, qui bénéficie d’un public souvent jeune et baigné assez jeune dans les nouvelles technologies, et manières de consommer du contenu audio et vidéo. On parle aujourd’hui de ces personnalités pour doubler des personnages de films (cf. Squeezie pour le film Ratchet and Clank) ou apparaître dans des jeux (souvent à titre de communication), quand ces derniers s’attirent pas la foudre de certains pour des contenus sponsorisés.

Dans une vidéo que je posterai ci-après, deux journalistes faisant leur premier E3 ont signalé la préférence de ces vidéastes par les éditeurs au détriment des journalistes pour l’essai de produits. On pourrait parler de concurrence, à moins que les dits éditeurs et développeurs soient plus frileux de traiter avec des interlocuteurs ayant une obligation de neutralité sur leur critique (en théorie, pour certains), contrairement à des personnages dont l’appât du gain et les avantages procurés seront plus enclins à encenser un produit. Une nouvelle consommation, mais aussi de nouveaux relais d’info, avec des méthodes différentes et un public qui suit : Comme tout bon investisseur, il vaut mieux (hélas) suivre le sens du vent.

D’ailleurs, les présentations faites aux professionnels sur place sont très souvent « hands-off », à savoir un développeur qui joue. Ou bien, cela peut prendre la forme d’une vidéo « trailer » pour montrer le jeu, à des fins plus promotionnelles que témoignant du produit fini.

Qu’il s’agisse de jeux dont les vidéos sont lissées et retravaillées pour la promo, et donc pas du tout représentatives du jeu final, ou encore de jeux présentés sur des séquences pré-enregistrées, et tournant sur des machines de développement (souvent des PC), les séquences dites « Bullshot » (contraction de bullshit et screenshot) sont hélas encore présentes : Demandez à Guerilla pour Killzone 2, ou encore à Ubisoft pour Watch_Dogs. Dorénavant, une obligation d’insertion d’une phrase « vidéos de développement, n’est pas le produit final » s’est imposée dans ces vidéos.

(Article sur les « bullshots » : http://www.eurogamer.net/articles/digitalfoundry-media-manipulation-article)

 

Au final, on se demande si ces professionnels vont clairement à un salon afin d’essayer les futurs produits d’une marque, où s’ils vont à un festival du court-métrage. Car si c’est pour aller sur place et regarder des vidéos de développement / promotionnelles d’un produit qui pourront se retrouver publiquement sur YouTube à la suite de l’annonce ou quelques jours après, cela ne vaut pas le coup. Il faudrait également que l’aspect salon professionnel permette effectivement à ceux ayant fait le déplacement de tester le produit.

 

Enfin, à des fins purement éthiques, il est tout à fait louable de faire du Jeu Vidéo un milieu un peu moins beauf quand il transporte encore avec lui des critiques sur le sexisme et le traitement des femmes, ainsi que le maintien de gros stéréotypes. Certes, on parle d’oeuvres de fiction et l’on peut tout à fait jouer (avec finesse et ironie) sur les stéréotypes, mais concrètement, si l’on veut améliorer (y compris à un event professionnel) la vision du jeu vidéo, pourrait t’on enlever les babes des stands de jeu vidéo ? C’est fait pour appâter le chaland, et c’est tout aussi risible que certaines cosplayeuses qui jouent (un peu trop souvent) sur leur physique. On ne va pas encore tirer sur l’ambulance, mais si l’on pourrait se passer de ces évadées de Penthouse, ce serait avec grand plaisir, et le jeu vidéo soignerait déjà (un peu plus) son image.

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Que faire ?

L’E3 possède donc de nombreux points sur lesquels son influence s’émousse, malgré qu’on nous martèle en premier les chiffres de fréquentation. Pour cela, je propose quelques petites pistes de réflexion :

 

  • Au lieu de montrer ce qui arrive d’ici 1 ou 2 ans, pourquoi ne pas se concentrer sur ce qui arrive dans un futur plus proche ? Quitte à diviser l’E3 en un événement trimestriel, en diminuant l’envergure et les conférences (quitte à passer en complètement différé) et en montrant l’évolution actuelle, trimestre par trimestre ?

 

  • Ne rien montrer si le projet n’est pas concrètement prêt pour des tests par le public. On n’a pas envie de voir des courts-métrages, mais du jeu. Si je veux du court-moyen métrage, je fais 30 bornes et je vais à Cannes.

 

  • Pourquoi ne pas faire ces évènements ouverts au public, en couplant ça avec mon idée trimestrielle : Faire un évènement trimestriel dans une ville différente, quitte à harmoniser ceux ayant déjà lieu dans un planning similaire pour faire une sorte de « Tour du Monde » où à chaque saison, un salon d’importance professionnel, ouvert 3-4 jours aux pros, et 2 jours au public ?

 

  • Supprimer les babes qui sont aussi utiles qu’un préservatif pour un eunuque, ainsi que rendre les présentations presse concrètes, et non du court-métrage, systématiquement. Ainsi que supprimer complètement les pratiques bullshot. Si votre jeu s’affiche d’une telle manière, assumez-le.

 

  • Si même en différé, vous obtenez une communication qui se fait entendre des journalistes, du public, et des investisseurs, pourquoi faire une conférence à l’E3 ? Un live sur Twitch ou un format « Nintendo Direct » pourrait très bien passer, et s’adapte aux pratiques des gens, surtout quand certaines conférences sont à des heures tardives grâce au décalage horaire…

 

Malgré tout, l’E3 reste assez plaisant à regarder, entre réactions, surprises, et déceptions. J’ai déjà préparé mon Bingo pour l’E3 à venir, et je vous invite à en créer un également ; Quoi qu’on en dise, cela reste assez fun et intéressant à analyser, ne serait-ce que pour les conférences qui sont un exercice de communication et de publicité, ou pour ce que les éditeurs et constructeurs prévoient pour le jeu vidéo de demain.

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