Edito – L’information sur le Jeu Vidéo pourra t’elle sortir de sa déchéance ?

Bonjour et bienvenue pour un édito dont j’aimerais donner un avertissement dès le début, afin que chaque lecteur en soit pleinement averti.

Il se peut que l’article dérive parfois de son sujet habituel. C’est à dire que des digressions seront permises et sortiront « peut être » du cadre fixé par le sujet, mais cela est parfois à des fins d’exemples, de phénomènes qui se voient dans d’autres secteurs, ou autre.

Passé cet avertissement, le titre de cet édito à de quoi surprendre, mais j’ai choisi le terme information en lieu et place du mot « Presse » que je voulais employer au début. Pour les raisons mentionnées ci-après, je trouve que certains exemples de cette « déchéance » sortent du cadre du journalisme et se retrouvent aussi dans d’autres pratiques qui ont également une composante d’information dans le domaine du Jeu Vidéo, mais à leur manière.

L’idée à germé en fin de semaine dernière : Mediapart un site de presse indépendante en ligne, avait réussi à faire accepter par l’Administration Fiscale en 2014 l’application d’un taux de T.V.A de 2,1% sur ses impôts, basé sur celui la presse papier (2,1%) plutôt que celui habituel pour la presse numérique (19,4%). Et d’autres sites de presse en ligne ont suivi ce taux réduit, bénéficiant du « même droit » que la presse écrite.

Mais, récemment, un petit revirement très fâcheux à eu lieu, et le site Arrêt Sur images, qui propose de l’information et des débats en ligne, fut touché ainsi que Mediapart par un redressement fiscal. La où ça devient cocasse, c’est que le taux à grimpé à nouveau au taux le plus élevé (19,6%). Jamais l’Administration Fiscale n’a ancré ce changement. Et cerise sur le gâteau, l’image ci dessous est celle qui est la plus révoltante dans l’histoire.
Monde de Merde

L’écart entre les sommes octroyées à de tels sites et les sommes demandées à d’autres dont la rémunération est basée sur le lectorat à de quoi choquer. On se demande bien quel chemin on cherche à impulser à l’information en France, surtout quand on voit certains actionnaires entrant au capital de sociétés pour ensuite impulser de manière préférentielle la ligne éditoriale / préférer la quantité / aider ses copains annonceurs. Plusieurs noms vous viendront peut-être à l’esprit, s’il s’agit de Cédric Siré, Jean-Marie Messier ou de Vincent Bolloré, vous avez compris l’idée.

Passé cette parenthèse sur l’ingérence des actionnaires sur l’information, je voulais donc parler de la déchéance qui touche l’information dans le Jeu Vidéo. Et si j’ai fait un tel exemple avant, c’est car cet exemple ne risque pas de s’arrêter malheureusement. C’est pourquoi il est temps de tirer la sonnette d’alarme.

I – La crise de l’information

Je parlais d’information précédemment, mais je vais ici me concentrer sur la presse Jeu Vidéo dans cette première partie. Le métier connaît une crise sans précédent pour plusieurs raisons, et je vais tenter de vous l’expliquer au mieux de mes capacités et de ma compréhension du sujet.

Passé la crise de la Presse écrite sur le Jeu Vidéo avec l’effondrement des plus gros magazines qui étaient la principale source d’information dans les années 90 (Consoles +, Joypad..) les sites internet qui ont pour activité la presse spécialisée dans le Jeu Vidéo subissent hélas une perte de rythme.

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On a tout d’abord la faute à AdBlock. Oui, ce petit add-on de vos navigateurs internet. Certes, la publicité est embêtante, ennuyante pour naviguer sur un site, avec les pop-ups et les encarts pub. Mais cette dernière assurait malgré tout des rentrées financières pour les webmasters, et les régies publicitaires ont hélas perdu en importance de financement. Tout simplement car les gens utilisaient ce petit add-on pour bloquer la pub, ce qui diminuait le public touché par la pub, et donc, les revenus engrangés. Il a fallu trouver autre chose. Combler les revenus publicitaires.

Des sites ont fermé, comme Jeuxvideo.fr. Et il a fallu trouver d’autres solutions pour subsister. Elles étaient multiples, mais en voici quelques unes.

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  • Opter pour des « news rapides ». Ici, c’est plus la production en quantité qui domine. Commenter chaque rumeur, ne pas hésiter à copier-coller (plagier si l’on a aucune estime), et faire des archétypes de news faciles, et parfois racoleurs. Même si certains veulent changer l’image du Jeu Vidéo, force est de constater qu’un top 10 des filles de Jeu Vidéo ou des articles sur les babes, ca attire toujours des vues.

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  • Faire du publi-rédactionnel. Le publi-rédactionnel est une pratique que l’on peut soit rattacher au contenu sponsorisé (Réalisé pour ou par un tiers publicitaire / annonceur), mais qui est décriée car elle est parfois pas montrée avec transparence par certains sites de presse jeu vidéo.

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  • Opter pour un paywall. Si les deux solutions précédentes étaient très quantitatives, celle ci est plus quantitative, et propose généralement l’accès à du contenu « premium » du site, dont la quantité peut varier. Certains sites mettent en avant le paywall pour le financement du site et l’entretien de ce dernier, d’autres l’utilisent pour assurer la continuité de contenus exclusifs de qualité qui sauront apporter une plus-value au site, afin de pallier à un éventuel recours aux méthodes mentionnées ci-dessus et / ou à la publicité.

Ces méthodes commencent à se développer, et si je mentionnais cet exemple au début, c’est que des sites comme Arrêt Sur Images, Mediapart, Gamekult, Next Impact ont adopté le paywall. Ce système d’adhésion payante, même si la contrainte financière peut faire reculer le lectorat de prime d’abord, s’est révélée plutôt payante : Des lecteurs ont suivi ce régime et les sites peuvent donc assurer leur indépendance vis-à-vis d’autres solutions économiques qui s’apparentent à des facilités.

Ce qui, au final, fait doucement penser à la presse jeu vidéo qui a subi un dur coup de fouet, mais dont certains magazines ont su rester (Canard PC, JV Le Mag…). En parlant de ces derniers, je vous invite à feuilleter quelques revues par simple curiosité, et vous serez parfois surpris de voir la ligne éditoriale de certaines revues, entre les contenus sans réel recul et intérêt et les autres qui proposent un contenu et un avis bien supérieurs à des articles qui alignent ce qui à été copié-collé 50 fois sur Internet.

II – La double concurrence à l’origine de cette déchéance

Maintenant, parlons de ce qui cause cette crise. J’ai déjà abordé Adblock auparavant, mais il existe bien des raisons qui expliquent cette perte de vitesse. Et j’ai réussi à les séparer en deux grosses catégories, à savoir la concurrence interne aux sites de presse de jeu vidéo, et la concurrence externe aux sites de jeux vidéos.

La concurrence entre les sites de presse de jeu vidéo, je l’ai déjà abordée plus haut. C’est les facilités qu’ont employé certains pour se maintenir en vie, ou pour s’étendre. Le fait de créer de la quantité, surabondante, copiée-collée. Certains parleront de course à l’audience. On est en plein dedans, et c’en est même risible.

id0yExtrait de gameblog.fr, site de jeux vidéos Français.

Faire des tops 10 de (insérer sujet ici), ou encore présenter du contenu autre que celui destiné à la base pour le site (car l’annonceur à des intérêts dedans), ou mettre plus en avant le contenu des annonceurs que celui des créateurs de contenus originaux, remplir à ras-bord les articles de termes pour améliorer le référencement Google, tous les moyens sont bons pour se faire voir et être lu, même si l’activité de journaliste demande parfois du recul et de l’indépendance sur un événement. Enfin, cela dépend des rédactions, mais on est en droit de se demander si certaines rédactions sont peuplées d’êtres pensants avec une réflexion et une plume, ou si elles sont peuplées d’androïdes qui photocopient Twitter pour écrire un papier.

Toutefois, une concurrence externe arrive, et principalement, c’est celle des vidéastes, ceux que l’on appelle par abus de langage sous le terme de « YouTubers ».

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Ces personnes, dont l’impact se fait lourdement ressentir auprès de la télévision, qui soit la prend de haut, soit s’en moque car elle engrange plus d’audimat, ou soit, par hypocrisie finance certains de ses animateurs par des boites de production dédiées, dont la parade est assurée dans des évènements comme la récente Vidéo City à Paris, sont un élément à ne pas négliger dans la perte de vitesse de la presse jeu vidéo.

Article sur Vidéo City : http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/11/08/hysterie-adolescente-a-video-city-premier-festival-des-youtubeurs-francais_4805417_4408996.html

Mais concentrons nous sur ceux basés dans le jeu vidéo, et outre le cas PewDiePie qui réunit plus de 20 millions d’abonnés sur sa chaîne YouTube avec ses vidéos de gameplay commentées, nos exemples français les plus rentables s’appellent Cyprien et Squeezie.

Ces mêmes personnes qui attirent dans leur sillage une horde de fans regardant leur vidéos, et qui par conséquent attirent un audimat conséquent, sans forcément être journalistes ou même en lien antérieur avec le jeu vidéo : Il peut s’agir de simples commentateurs de jeu vidéo, montrant leurs parties avec leurs réactions en direct en jouant.

Ca fait rire, ça marche, et ça prend tellement d’importance que beaucoup de journalistes de jeu vidéo ont déploré à l’E3 2015, Gamescom 2015, et la Paris Game Week 2015 (Trois salons de jeu vidéo, même si le troisième est plus de l’auto-congratulation du Syndicat des Editeurs de Jeu Vidéo sponsorisé par Coca-Cola) que les Youtubers soient prioritaires sur la presse Jeu Vidéo.

Les investisseurs suivent le sens du vent et prennent ceux qui ont les faveurs du public, sans grand égard de l’aspect qualitatif de ces vidéastes.

Je veux dire, faites un comparatif entre de la presse vidéoludique et ces vidéastes quand ils doivent faire le test d’un jeu. La différence de ton va vous étonner, et le divertissement à complètement supplanté l’information. La course à l’audience joue là aussi, avec tous les mécanismes internes à la presse jeu vidéo qui peuvent intervenir (contenu sponsorisé, articles à clic). Et si cela ne vous suffit pas, regardez à quoi ressemblait le Cyprien Gaming Show en 2014, ou regardez la vidéo en dessous de ce paragraphe.

Qu’il s’agisse d’hommes-sandwichs à « l’indépendance 5/5 » qui sont ambassadeurs pour des lunettes « tamisant » la lumière des écrans, d’une arriviste échappée de télé-réalité et de shootings érotiques qui pleure lors d’une conférence d’un annonceur pour laquelle elle est invitée et rétribuée, ou d’un jeune vidéaste dont les partenariats sont devenus aussi flagrants que son manque de profondeur dans son contenu, la presse jeu vidéo connaît une sérieuse concurrence. Sérieuse en importance, mais pas forcément dans son contenu. Qu’importe, vu que cela attire l’oeil, le clic, et les biftons.

III – Que faire ?

Du coup, devant ce constat alarmiste devant une concurrence qui se base sur une grosse facilité et des moyens avancés par des annonceurs ayant compris comment vendre leurs produits sans grand mal et de manière interactive, il est peut-être temps de réfléchir à tout ça. Que ce soit dans le jeu vidéo ou en dehors, il faut noter quelques points.

Tout d’abord, informer le public de manière distincte sur son fonctionnement, histoire d’être un minimum transparent sur qui l’on est, qui nous paye, et si l’on est dans le cas d’un conflit d’intérêt. Car malheureusement, même si l’on rétorque de manière candide « tout le monde est capable de se renseigner avec Internet », non. Ecouter des enfants vanter les mérites de certains vidéastes testant des jeux pour lesquels des annonceurs sont derrière, ça fait un sérieux conflit d’intérêt et des collusions bien crades. Et les pauvres bambins sont pas conscients de se bouffer de la pub déguisée par leurs « idoles ». Mais qu’importe, dans un élan de cynisme, le phénomène continue, annonceurs et « idoles » s’en frottent les mains.

Cyprien, Norman, EnjoyPhoenix : le business trouble des youtubeurs : http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/11/09/cyprien-norman-enjoyphoenix-les-bonnes-affaires-des-youtubeurs_4805990_4408996.html

Ensuite, arrêter de faire une course à l’audience. Vos news écrites par un stagiaire pour expliquer que l’on peut régler la taille de poitrine dans un jeu de combat ou le Top 5 des plus beaux frags dans Call Of Duty : Annual Bullshit est pas intéressant. Ce n’est pas du journalisme. C’est juste du contenu facile et divertissant. Il ne faut pas confondre les deux.

Mais cette confusion est tellement ancrée chez beaucoup de gens (audimat et « créateurs » de contenu) que le vrai travail d’information, qui est de porter une nouvelle à l’attention du public et, le cas échéant, faire preuve d’indépendance vis-à-vis de tout intérêt tiers, de laisser de côté tout sentiment, et d’apporter si besoin de la profondeur à l’information (Spoiler Alert) se perd, hélas. Au détriment de ceux qui savent encore la définition de l’information. Ce sont ceux qui sont les plus intègres qui paient le prix de cette incompétence bruyante.

Enfin, et c’est un point de vue que je soutiens complètement, c’est soutenir la presse que l’on souhaite voir. Même si on peut me dire que certains soutiennent ces vidéastes et ces « journalistes » qui sont décriés dans cet édito, ou me balancer que je soutiens une éventuelle « culture de la haine et un acharnement thérapeutique » (MM. Chièze, Quintaine apprécieront), il est très important que la prise de conscience s’opère maintenant, et que les lecteurs qui ne souhaitent pas voir Internet peuplé de contenu creux / publicitaire fassent quelque chose, et le mieux à faire est de leur apporter leur soutien. Même si c’est triste d’arriver au point où il faut faire payer un peu plus le lecteur pour avoir du contenu qu’on peut vraiment appeler du journalisme, c’est hélas au point où l’on est réduit aujourd’hui.

Et quand je vois, hors jeu vidéo, les sites qui ont recours à ça (et même certains vidéastes qui ont recours au financement participatif car ils n’ont pas d’annonceur / boîte de production), je suis vraiment dégoûté de l’image que prend l’information aujourd’hui.

A vous de voir si l’aspect publicitaire / corporations des dystopies cyberpunk est un sort préférable à notre société où l’on invoque la liberté et pluralité d’expression (en théorie), ou si, au contraire, on peut éviter de s’enfoncer dans la facilité et qu’on ose, rien qu’un peu, tourner nos regards, tendre l’oreille, et pointer notre souris vers ceux qui font vraiment un travail de journalisme.

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Intervention très intéressante de Thomas Cusseau (Rédacteur en Chef de Gamekult.fr, lors d’un podcast, sur la presse JV, je vous conseille d’écouter : http://www.radiokawa.com/episode/le-player-club-39/

J’espère que cet édito saura vous faire réagir, prendre conscience de la situation actuelle, et je vous donne rendez vous pour un prochain article !

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