Edito – Est ce que la localisation (des Jeux Vidéo) est un faux problème ?

Bonjour et bienvenue pour un nouvel édito qui abordera un sujet très particulier qui m’intéresse d’autant plus que j’en subis parfois les aléas pour certaines licences auxquelles je joue : La localisation.

Ce terme pourra paraître obscur pour les non-initiés à l’import et aux jeux destinés au marché nippon ; Egalement, il ne concernera pas forcément les joueurs friands de licences annuelles et de multi plate-formes. Mais aujourd’hui, je souhaite me pencher sur le cas de la localisation des jeux vidéo, et ce en plusieurs étapes ; Il s’agira d’expliquer le principe et son utilité, les obstacles qui peuvent apparaître, et pourquoi la localisation peut parfois apparaître comme un faux problème.

La localisation, c’est quoi ? C’est un GPS ?

Ce que l’on appelle Localisation dans le jeu vidéo concerne le procédé qui, avant la distribution d’un jeu au grand public, tend à rendre accessible le produit à différentes zones géographiques. Plus simplement, il s’agit de rendre le jeu compréhensible sur un territoire de parution. Cela passe par une traduction des textes écrits et audio du jeu (avec des doublages dans diverses langues le cas échéant), ainsi que, dans certains cas, une adaptation de certains éléments de jeu pour ne pas froisser la sensibilité.

Par exemple, il peut s’agir de renommer un personnage (Hitler renommé Führer dans Persona 2), de changer certains éléments de design (Revoir certaines tenues féminines), ou de changer du contenu (La quête pour (dés)armer la bombe atomique de Megaton dans Fallout 3 a été virée au Japon suite à 1945). Car oui, la Localisation peut parfois comprendre en elle de la censure, ou une adaptation tronquée du jeu en question.

GqAspcmLes différences de localisation graphiques sur Persona 1.

Il existe trois zones géographiques pour les jeux :

  • La Zone EUR / PAL / Européenne, comprenant l’Union Européenne, ainsi que l’Australie ;
  • La Zone US / NTSC / Américaine, comprenant le continent Américain ;
  • La Zone JP / JAP / Japonaise, comprenant l’archipel Japonais.

La localisation tend donc à rendre un jeu accessible à chacune de ces trois zones, car tout jeu ne bénéficie pas forcément d’un processus de localisation mondial. Certains éditeurs bénéficient d’assez de moyens pour sortir leurs jeux de partout en simultané (ou presque) grâce à diverses équipes de localisation situées sur place ou dans le même pays que les locaux de l’éditeur.

Mais il peut très bien arriver que la localisation se fasse attendre, ou qu’elle soit sujette à caution. Car une localisation n’est pas automatique, elle demande du temps, des ressources, et constitue parfois un problème. Ce que je vais dorénavant expliquer.

Les soucis de Localisation

La Localisation est quelque chose qui rentre dans le processus de développement d’un jeu, au stade où son édition est envisagée. Deux questions sont à dégager dans ce processus :

  • A qui se destine mon jeu ? Est-ce que le public est intéressé ? (Financier)
  • Est-ce que mon jeu est adapté aux coutumes et moeurs locales ? (Social)

Les petits termes entre parenthèses explicitent où je veux en venir. Et j’aborderai du coup chaque question successivement.

Tout d’abord, l’aspect financier. Sortir un jeu sur un nombre donné de zones géographiques comprend également la traduction textuelle et parfois vocale du jeu. Ce qui inclut d’engager des traducteurs et comédiens de doublage, ce qui présente un coût de production supplémentaire. Et sur ce point, la société doit calculer si ce risque est à prendre, et je vais prendre un exemple : Sortir un jeu de sentais et de mechas (Dans le style des Power Rangers) dont la licence connaît une exploitation télévisuelle (série), en dehors du Japon.

megaman(J’ai mis ça car le visuel de gauche est hilarant.)

La société devra se poser les questions :

  • Doit t-on publier ce jeu en zone US / PAL ?
  • Doit t-on traduire en texte, et dans combien de langues parlées de ces zones, le jeu ?
  • Une fois ceci décidé, combien produire d’exemplaires par zone ? Et à quel prix l’unité ?
  • Une fois ces questions posées, combien d’exemplaires devrons nous vendre pour que ce projet soit rentable, en espérant que la clientèle étrangère est réceptive à ce jeu, en dehors des qualités / défauts de ce dernier ?

Voici les nombreuses questions d’ordre purement financier qui expliquent pourquoi, par exemple, nous ne verrons pas certains jeux japonais passer par chez nous. Qu’il s’agisse de God Eater 2, une version boîte de Shin Megami Tensei IV, et j’en passe (et pas forcément de jeux nippons, le phénomène est applicable à chaque zone), faire une localisation est un risque non négligeable, et à une période où des genres de jeux utilisés à outrance et l’annualité de licences juteuses accaparent le gros de la demande, certains éditeurs moins lotis que d’autres évitent la casse.

shin_megami_tensei_ivShin Megami Tensei IV, sorti en boîte au Japon et aux Etats-Unis, mais pas en Europe, disponible uniquement en dématérialisé.

C’est pourquoi certaines développeurs peuvent remercier leurs éditeurs qui permettent d’avoir une visibilité internationale de leurs jeux : Prenons par exemple ATLUS, qui est actuellement rattaché à SEGA, ce dernier disposant de moyens plus efficaces pour la localisation et la publication internationale de leurs jeux. Quand Catherine à mis un an à parvenir en Europe (Localisation), on peut espérer des délais plus courts et davantage de jeux de ce studio.

Mais même si la localisation est partielle pour des jeux destinés à un public étranger (Traduit en Anglais pour la popularité de cette langue, et des doublages d’origine et Anglais uniquement, comme tous les textes et l’audio), c’est déjà un pas en avant pour ouvrir le public à des jeux considérés « de niche », « purement nippons », et même si certains rechignent encore car c’est pas en Français ou car c’est 100% Anglais… L’Anglais est souvent simple à comprendre dans ces jeux, ça fait une bonne raison d’apprendre et se perfectionner, et doubler dans chaque langue disponible demanderait de l’argent et SURTOUT du talent pour appréhender au mieux le jeu sans le dénaturer. Rien qu’imaginer Catherine doublé en Allemand, ça doit être drôle…

Passons à l’aspect social. Ce sera un peu plus succinct à traiter, mais beaucoup de jeux possèdent un passif historique, social, ainsi que des principes appliquées au divertissement auquel le jeu vidéo doit se conformer. Je ne ferai pas de crochet par la censure, mais par exemple, l’Allemagne et l’Australie sont connus pour censurer la violence visuelle et graphique excessive, et certains jeux ont dû soit s’auto-censurer, soit accepter l’interdiction de vente.

Mais parfois, la Localisation peut reformuler certains aspects licencieux pour ne pas choquer : L’exemple d’Adolf Hitler renommé « Führer » dans les versions PSP de Persona 2, avec des changements sur l’apparence du personnage ; Les joueurs ne sont pas dupes, mais cela permet de ne pas directement faire référence au nazisme. D’ailleurs, la série Wolfenstein à beaucoup connu une censure avec une localisation ayant le même but.

Wolfenstein_Nazi--article_image

Mais quittons la censure, même si la localisation peut jouer dessus : Qu’il s’agisse de renommer un protagoniste (Fire Emblem : Awakening avait un personnage nommé « Viol » en version Japonaise), de revoir les dialogues (Ce qui a été fait dans ce même jeu) ou de supprimer du contenu (l’exemple cité auparavant dans Fallout), la localisation peut avoir hélas un rôle de Censure.

C’est hélas quelque chose dont doivent s’acquitter certains éditeurs pour assurer que leur produit se vende ; Hélas, a eux d’espérer que cette censure ne soit pas la plus pénalisante pour les joueurs. Modifier une oeuvre pour s’accommoder à un public ne veut pas forcément dire que tout le public sera enclin à cette censure. Même si chaque pays dispose de sa culture et d’une appréciation culturelle du divertissement étranger différente, certains voudront tout de même obtenir le produit tel quel, sans ajustements « pour que ça se vende ». Par exemple, remplacer les effusions de sang de No More Heroes par des pixels noirs, j’étais pas pour.

La Localisation, ça pose problème ou non ?

Le coeur du débat est maintenant de savoir si oui ou non, la localisation est un réel problème pour les joueurs et le jeu vidéo.

Tout d’abord, la localisation est encore un problème quand de la censure frappe. Cette dernière est parfois compréhensible, mais n’est qu’un « moindre » mal préférable à ne rien avoir du tout. Si demain une licence mondialement connus devait connaître un nouvel opus très attendu, mais disposant d’une scène choquante, est-ce préférable de couper la scène en question ou d’interdire le jeu ?

Egalement, la localisation est encore un « levier », pouvant être aussi bien actionné que relâché, pour permettre la sortie d’un jeu. A cela, la demande des joueurs, et surtout l’aspect financier pour la société, sont des raisons pouvant peser dans la balance ; toutefois, comme le montre une récente affaire, la raison économique est parfois privilégiée, au grand dam des joueurs.

Chris Pranger, employé de Nintendo of America à la section localisation, fut licencié après un podcast sur une radio, où il expliquait « des problèmes de localisation de certains jeux qui font apparemment perdre de l’argent à Nintendo et aussi de l’attitude des fans ne voulant pas comprendre que Nintendo n’a aucun intérêt à localiser des « jeux de niche » comme Captain Rainbow car les frais de localisation, de doublage et de marketing sont souvent colossaux et qu’il faut ensuite pouvoir les amortir…. » (sic)

Lien de l’article : http://www.nintendo-master.com/news/chris-pranger-de-nintendo-treehouse-vire-pour-un-podcast

Enfin, histoire d’enfoncer le clou, je vais parler du zonage des consoles. Il peut arriver que les consoles soient « zonées », c’est à dire qu’elles ne peuvent lire que les jeux dont la zone d’édition est correspondante à la console.

Un exemple fictif : Ma console achetée en zone Européenne est zonée. Elle ne pourra lire que les jeux destinés et achetés en zone européenne, et non ceux des autres zones.

Certaines consoles sont dites dé-zonées car elles ignorent cette restriction. Mais parfois, c’est le cas contraire, pour bloquer l’importation, et obligeant parfois à acquérir une console programmée pour cette zone, ou d’avoir un support de stockage programmé pour certaines zones. Et le zonage peut aussi s’appliquer directement sur le jeu, sur la console, ou même la boutique virtuelle.

Par exemple, le Playstation Store, la boutique virtuelle des consoles Playstation, n’est pas le même en zone Euro / US / Jap (Les jeux dispos varient) et demandent un compte différent / zone. La PSVita, quant à elle, est limitée à un compte Playstation Store par Carte Mémoire.

jaquette_frontMoi aussi, je veux des jeux Initial D, des AE86, et de l’eurobeat sur le Store Européen ! Non Mais !

Après, la localisation n’est peut-être plus un si grand problème qu’avant. Les anciennes générations de joueurs ont compris, et les joueurs sont débrouillards : Qu’il s’agisse d’encourager les sorties de jeux localisés par chance chez nous (Senran Kagura, par exemple, ou Criminal Girls, dont les personnages féminins sont aux antipodes des habitudes Européennes / Américaines), les boutiques virtuelles comme Steam ou GoG sur PC (qui bénéficient de traductions officielles ou officieuses pour certains jeux), ou en passant par l’émulation (qui est illégale sans original chez soi, sachez le), beaucoup de moyens sont mis en place pour, un jour ou l’autre, augmenter l’accessibilité des jeux restés prisonniers des âpres d’une localisation restrictive.

Toutefois, le problème du zonage est encore un obstacle qui gêne, et même si Nintendo est encore très friand de ce procédé, et qu’on comprend le zonage pour limiter l’import, les temps ont changé et les ventes par Internet sont justement un moyen de rendre les jeux accessibles à tous sans restriction de territoire. Et vu que la vente à distance à connu un essor conséquent ces deux dernières décennies, l’argument de la spéculation sur les jeux importés est peut-être à minorer, tout comme l’exemple d’Atlus qui prend (le bon) risque de localiser ses jeux hors Japon, même s’ils restent en Anglais.

Zoner les consoles, modes multijoueurs de jeux, boutiques virtuelles revient à disposer d’une bibliothèque dont on ferme l’accès que sur certains privilèges culturels ; Plutôt cocasse quand le Jeu Vidéo vit une période où il s’ouvre au plus grand nombre.

Alors, quitte à ce que ça fasse plus de boulot, que ce soit casse-gueule financièrement, je suis comme l’Union Européenne : Pour le libre-échange. Et j’espère qu’un jour, le zonage sera un phénomène inexistant, et que malgré des localisations variant suivant les moyens, tout jeu soit accessible à chacun, sans restriction financière ou territoriale.

smt4f_new(Non, en fait, le vrai débat de fond est de savoir si Shin Megami Tensei IV Final sortira en boîte / en dématérialisé pour les 3DS Européennes… Je vous laisse répondre  à cette question.)

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